Justice

Bordeaux : procès d'un réseau hongrois qui volait des cartes anciennes dans des bibliothèques publiques

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 15 mai 2018

BORDEAUX

Plus tontons flingueurs que rats de bibliothèque, sept Hongrois ont comparu lundi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour avoir volé des cartes de grande valeur qu'ils découpaient dans les livres anciens de bibliothèques municipales françaises.

Besançon, Toulouse, Albi, Dijon, Nancy, Narbonne, Lille, Coutances (Manche) ont ainsi été visées entre 2011 et juin 2013... Au total, les sept prévenus, six hommes et une femme âgés de 35 à 69 ans, sont soupçonnés d'avoir agi pour le compte d'un réseau actif dans toute l'Europe. Ils sont poursuivis pour le vol de plusieurs centaines de cartes du XVIe au XVIIIe siècle d'une valeur totale de quelque 4 millions d'euros. Mais l'enquête n'a jamais pu identifier les commanditaires de ces vols de cartes, vraisemblablement destinées à des marchands spécialisés ayant pignon sur rue en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

Il aura fallu le hasard d'un coup de filet des douaniers hongrois, en 2012, pour mettre au jour la filière : 110 cartes anciennes, dont beaucoup arborent le tampon de la bibliothèque de Toulouse, sont découvertes dans une voiture. A bord, l'un des prévenus de Bordeaux, Andras Katona, 35 ans et plombier dans le civil, assure avoir acheté ce lot de documents rares (évalué à 450.000 euros) "sur un marché italien, à un gitan parlant yougoslave". Prévenus par leurs collègues hongrois, les policiers français de l'Office de lutte contre le trafic de biens culturels confirmeront rapidement que ces cartes proviennent bien de la bibliothèque de Toulouse, où elles ont été simplement découpées dans des ouvrages consultés à l'aide de fausses cartes de lecteur. Ils découvriront dans la foulée une série de pillages similaires commis dans d'autres villes françaises, tous attribués à la même équipe.

A la manoeuvre, on trouve Karoly Forgo, 51 ans, établi depuis une vingtaine d'années dans le sud de la France, épaulé par son épouse Hedvig, son cousin Andras Katona, et Gabor Dorogi, alcoolique et toxicomane déjà condamné pour une affaire de vols de marchandises avec Forgo en 2013. Cheveux mi-longs gominés en arrière pour faire oublier sa calvitie, Karoly Forgo reconnaît les vols de cartes mais "sans accuser personne", surtout pas ses co-prévenus. "Des gens m'ont approché" pour commanditer ces vols, des "gens puissants", dit-il. Qui?, demande le président. "Je ne peux pas dire", répond l'intéressé, l'air penaud sous le regard sombre de Pal Nagy, assis à sa droite. Présenté comme un des pivots du réseau, ce dernier est officiellement salarié d'une PME de démolition en Hongrie. Il est défendu par un ténor du barreau de Bordeaux, l'un de ceux qui représentaient la milliardaire Liliane Bettencourt. Le rôle de Lajos Turi, 58 ans, physique de catcheur sur le retour, qui suit les débats les yeux mi-clos, soupçonné d'avoir reçu et convoyé les cartes volées? "Il faudrait le lui demander...", lâche Forgo, gêné.

Tibor Szathmari, 69 ans, antiquaire considéré comme un grand spécialiste des cartes anciennes, déjà cité dans une affaire de vols en Autriche mais relaxé, dit ne rien avoir à se reprocher non plus. Poursuivi pour complicité et recel, il reste bien flou sur ses sources de revenus. "J'ai travaillé un demi-siècle dans les antiquités (...) J'ai un peu d'argent dans la poche!", lance-t-il. Dans sa luxueuse villa des berges du lac Balaton, les policiers hongrois avaient notamment découvert deux 4x4 dernier cri et une Bentley évaluée à 200.000 euros.

Les sept prévenus comparaissent libres et leur procès doit durer toute la semaine.

Cet article a été publié le 14 mai 2018 par l'AFP

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