Mardi 11 décembre 2018

Au bonheur des feuilles

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 26 février 2013 - 703 mots

La section « Tefaf Paper », lancée en 2010, réunit cette année dix-huit exposants, principalement des marchands de photo ou de dessins XIXe.

Cette année, pour attirer le public vers la section « Dessin », installée à l’étage du Centre des congrès, un peu trop à l’écart des autres exposants, Tefaf a misé sur une marque qui caracole en tête du marché de l’art : Van Gogh. Quinze dessins de l’artiste, prêtés par le Musée Van Gogh et représentant des phases significatives de son évolution artistique y sont exposés. « Tefaf paper » réunit cette année dix-huit exposants, spécialistes du dessin, de l’estampe, de la photographie, des livres anciens, manuscrits, et autres papiers peints anciens. Figure parmi eux une petite poignée de spécialistes du dessin ancien dont le Londonien Emanuel von Baeyer. Celui-ci a sélectionné un autoportrait de Thomas Worlidge de 1754 réalisé à la manière de Rembrandt. Autre londonien installé, lui, sur Old Bond street, Day & Faber, montrera une sanguine de Giuseppe Maria Crespi intitulée Les Frères Pepoli adressant une pétition à Louis XIV. Les pierres noires et craies blanches se trouvent néanmoins plutôt isolées dans un ensemble où les œuvres des XIXe et XXe siècles dominent. La galerie viennoise Johannes Faber spécialisée dans les photographies classiques-modernes autrichiennes, tchèques et plus largement européennes, expose un tirage d’Irving Penn montrant sa compagne, le modèle Vivien Leigh aux prises avec le lutteur français Maurice Tillet. Le Parisien Antoine Laurentin a réuni pour l’occasion un bel ensemble d’une vingtaine de photographies originales du photographe pictorialiste Paul Burty-Haviland. Ces épreuves sur platine datant des années 1907 à 1909 (de 3 000 à 20 000 euros) ont été acquises auprès de la fille du photographe. On admire notamment un sensuel portrait de Florence Peterson, l’un des modèles préférés de l’artiste. La jeune femme est assise derrière des stores à moitié fermés tamisant ainsi la lumière du jour et avec un effet de flou qui accentue le mystère et la beauté de la scène. Des références japonisantes se retrouvent parfois dans ses clichés.

D’Hiroshige à Bonnard
Le Japon est également à l’honneur sur le stand de la galerie Tanakaya qui a sélectionné une très rare suite complète de trente-six vues du Mont Fuji dues à Utagawa Hiroshige (entre 5 000 et 12 000 euros). Cette suite du dessinateur, graveur et peintre, grand maître de l’Ukiyo-e n’avait jamais, à ce jour, été montrée sur une foire d’antiquaires en Europe. « C’est la première fois qu’un salon d’antiquités majeur a souhaité présenter des estampes japonaises », jubile Tamio Ikeda très honoré de pouvoir exposer dans ce temple du marché de l’art. « Il ne faut pas croire que les œuvres présentées à Tefaf sont toutes hors de prix. Ici, on trouve aussi des pièces pour quelques milliers d’euros », poursuit le spécialiste d’estampes japonaises installé à Paris depuis vingt-quatre ans.

Plus loin, sur le stand de la galerie florentine Francesca Antonacci e Damiano Lapiccirella fine art, on découvre un charmant dessin de Sir Edward Burne-Jones de 1895 figurant une jeune femme pensive. Il s’agit du dessin préparatoire à une œuvre – The Car of Love – conservée au Victoria & Albert Museum. La « jeune mariée » magnifiée par Eva Gonzales est un autre beau portrait de jeune femme. Ce pastel sera accroché sur le stand du galeriste londonien Stephen Ongpin. « C’est une œuvre pleine de simplicité, de sincérité et de sérénité. On n’y retrouve nulle trace d’une quelconque sensiblerie féminine, et nul désir de faire quelque chose de joli, d’où le charme exquis de ces pastels », écrivit en 1914 le critique Octave Mirbeau après avoir visité une exposition Eva Gonzales à la galerie Bernheim Jeune. Premier livre illustré initié par Ambroise Vollard, Parallèlement (Ursus Book, New York) fourmille lui aussi de figures féminines pleines de charme. Des nus très sensuels réalisés par Bonnard à l’aide d’une encre rose-sanguine. On découvre, page après page, une centaine de lithographies qui enlacent le texte et dialoguent subtilement avec les poèmes de Verlaine.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : Au bonheur des feuilles

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