Une partie de la nécropole de Cyrène en Libye rasée par des bulldozers

Par Alexandra Houël · lejournaldesarts.fr

Le 28 août 2013 - 492 mots

SHAHAT (LIBYE) [28.08.13] – La nécropole de Cyrène près de la ville de Shahat dans le nord de la Libye est menacée de destruction, la population locale ayant commencé à raser une partie du site archéologique afin de faire place à de nouvelles constructions. Cette nécropole inestimable atteste de la prospérité de la plus ancienne colonie grecque de cette région, Cyrène, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Une portion de 2km2 sur les 10km2 qu’occupe la nécropole de Cyrène dans le nord de la Libye près de la ville de Shahat a été détruite au cours de l’été 2013 par la population locale qui se considère propriétaire des terrains sur lesquels elle se trouve, selon l’archéologue Areej Khattab qui a rapporté ces informations à France 24 . A coup de bulldozers, des bâtisses funéraires, caveaux et sarcophages vieux de plus de deux millénaires ont été réduits en poussières dans l’indifférence totale des autorités.

Installée aux environs de 640 avant Jésus Christ, la colonie grecque de Cyrène était l’une des plus puissantes de cette région jusqu’au tremblement de terre de 365 qui avait entrainé la désertion des lieux d’origine. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, ses ruines encore visibles comprennent un temple dédié à Apollon, un temple dédié à Zeus, un théâtre, un viaduc et cette nécropole inestimable qui abritait, jusqu’aux récentes destructions, près de 1200 caveaux, et des milliers de sarcophages individuels. La taille et la richesse de ces tombes (construites entre 600 et 400 avant JC) attestent de la prospérité de la colonie à cette époque.

Selon Ahmed Hussein, un professeur d’archéologie de l’Université de Bayda qui a été témoin des destructions, 200 caveaux et tombes ont disparu sous les coups des pelleteuses, ainsi qu’une partie d’un viaduc construit deux siècles avant Jésus Christ. Les objets légers auraient même été jetés dans la rivière proche comme s’ils n’étaient que de vulgaires détritus.

La population locale ayant participé à la destruction de ce site archéologique ne détiendrait pourtant pas de titres de propriété officiels, la tradition orale et coutumière prenant le pas sur la loi dans les régions éloignées. Certaines familles se disent propriétaires des terres depuis des générations. En l’absence de titres, ces parcelles de terrains déblayées de leurs trésors archéologiques seront revendues illégalement à des promoteurs immobiliers, pour des prix dérisoires.

Ahmed Hussein a pourtant agi dès qu’il a eu connaissance de ces destructions. « J’ai tout essayé pour faire arrêter le désastre. J’ai fait appel, en vain, aussi bien aux autorités archéologiques qu’aux autorités locales. J’ai contacté les brigades en charge de la sécurité de la ville, qui m’ont informé qu’ils ne pouvaient intervenir que si les autorités faisaient une requête officielle. J’ai même appelé le ministre de la culture sur son téléphone portable. »

Si le gouvernement continue de fermer les yeux sur ces destructions irraisonnées, et ne prend pas rapidement des mesures de sauvegarde, la nécropole risque de disparaître entièrement, l’action des uns entraînant l’action des autres.

Légende photo

Portique grec de Cyrène - VII è siècle avant J-C - Lybie - © Photo joepyrek - 2012 - Licence CC BY-SA 2.0

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