Mercredi 13 novembre 2019

Retour sur les conséquences artistiques des « années sida »

Par Stéphane Renault · L'ŒIL

Le 2 octobre 2017 - 365 mots

Alors Que sort sur les écrans le film de Robin Campillo 120 battements par minute, récit de l’aventure Act Up, salué par la critique à Cannes, Élisabeth Lebovici publie Ce que le sida m’a fait dans lequel la journaliste, historienne de l’art et activiste, revisite ces années 1980 et 1990 touchées de plein fouet par le virus.

Écrit à la première personne, ce « je collectif », pluriel, relate une expérience générationnelle autant qu’il explore les conséquences de l’épidémie, son héritage dans le champ des arts visuels. Dans l’avant-propos de son livre, sous-titré « Art et activisme à la fin du XXe siècle », elle écrit : « Derrière ce “m’”, il y a l’art. Il y a des expositions. Il y a des pratiques artistiques. Des pratiques curatoriales. Des discours critiques. Une géographie. » Situé dans un va-et-vient entre les États-Unis et la France, le propos s’attache à analyser les effets du VIH sur le plan artistique mais aussi politique – face à l’homophobie, au racisme – dans cette période de militantisme intense que fut la lutte contre la maladie mais aussi l’indifférence des autorités et du grand public, la stigmatisation des séropositifs, avant l’apparition des trithérapies. On se souvient du slogan « Silence = Mort », scandé sur les affiches graphiques d’Act Up. Un moment, aussi, paradoxalement, de vitalité, de créativité démultipliée par l’urgence de vivre. Et d’action, succédant à la sidération, la colère. Passant pour certains de l’activisme à la performance corporelle, à l’instar de Zoe Leonard, qui accroche des photos de vulves à la Documenta 9 de Kassel en 1992, remise en question radicale de la représentation du corps au musée, de la norme avec l’intrusion de la sexualité, tendance queer. Hommage aux disparus, rappel nécessaire des ravages de cette « épidémie sans représentation » dans la communauté LGBT et le monde de l’art, durement touchés, le livre emprunte une forme singulière, mêlant entretiens et essais. Y défilent amis et figures emblématiques : Philippe Thomas, cofondateur en 1983 du groupe IFP (Information fiction publicité), General Idea, Félix González-Torres ou encore Nan Goldin, dont les images témoignent très tôt de ce que le sida fait à son entourage, à New York. Entre la mémoire et le récit, un ouvrage qui fera date.

Élisabeth Lebovici, Ce que le sida m’a fait, coéditions La Maison Rouge/JRP Ringier, 320 p., 19,50 €

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°705 du 1 octobre 2017, avec le titre suivant : Retour sur les conséquences artistiques des « années sida »

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