Vendredi 14 décembre 2018

Politique culturelle

Versailles saura compter

Un nouveau statut pour le grand Versailles

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 611 mots

L’État a décidé de donner au musée et au domaine de Versailles un nouveau statut d’Établissement public administratif (EPA). Jean-Pierre Babelon, son directeur général, disposera d’une large autonomie pour récréer un \"grand Versailles\".

VERSAILLES - Jean-Pierre Babelon vient d’être nommé directeur général de l’Établissement public du musée et du domaine national de Versailles, créé par le ministère de la Culture. Le statut d’Établissement public administratif est aujourd’hui celui de plusieurs institutions (le Louvre, Orsay, la Bibliothèque nationale de France, etc).

L’EPA est doté d’un conseil d’administration où sont représentés les quatre ministères de tutelle (Culture, Défense, Agriculture et Enseignement). Le directeur général dispose d’une large autonomie administrative et financière, qui facilitera la gestion de ce vaste ensemble qu’est Versailles. L’EPA est une cellule administrative qui s’inspire d’une forme privée pour rendre l’action de l’État plus efficace. C’est d’abord une reconquête financière, car Versailles pourra conserver une grande partie de ses recettes propres : 112 millions de francs, sur un budget de 190 millions de francs.

Quel avenir pour Versailles ?
Avant la Révolution, les terres du domaine royal couvraient plusieurs milliers d’hectares. Aujourd’hui, celui-ci se compose du petit parc (94 hectares), et du grand parc qui comprend les parcs de Trianon (812 hectares). Plusieurs bâtiments alloués à l’époque de la Révolution à diverses administrations (Parlement et ministères) seront, jusqu’à leur restitution définitive, la propriété indivise du domaine de Versailles et des affectataires. Pragmatique, Jean-Pierre Babelon agira sans hâte.

"Il n’est pas question de précipiter cette récupération, mais simplement de reconquérir, à terme, des espaces perdus qui appartenaient au domaine royal et qui seront alors rattachés au ministère de la Culture".

Cette année, le ministère de la Défense restituera l’hôpital Larrey. Ses 12 000 m2 serviront de réserves au musée ; un budget de 200 millions est affecté à ce projet. Le domaine devrait récupérer, à mesure de leur restitution, différents espaces et bâtiments : la grande Écurie, occupée par les ministères de la Défense et de la Culture, la petite Écurie et la Maréchalerie (Équipement et Culture), l’hôtel des Menus Plaisirs restauré (coût : 10 millions de francs), où s’est ouvert récemment un centre de musique baroque.

Conservateur général du patrimoine, Jean-Pierre Babelon avait à ce titre, depuis 1989, la charge de la direction du musée et du domaine. Dès 1990, après la destruction par la tempête de février de centaines d’arbres, il a défini un plan : "Afin de programmer les dépenses, cette immense opération sera échelonnée sur une vingtaine d’années".

Un effort financier sera consenti par l’État, et l’apport du mécénat sera important. Le budget consacré à la rénovation des végétaux est d’environ 12 millions de francs ; la remise en état des fontaines et des statues coûtera 6,5 millions de francs. La rénovation du bosquet d’Encelade, évaluée à 12 millions de francs, sera financée à 50 % par une société de Bourse, la MATIF.

Des mesures sont prises pour accueillir les 3,2 millions de visiteurs qui viennent à Versailles chaque année. Une entrée spéciale et des visites guidées sont réservées aux groupes, qui découvrent ainsi des salles habituellement fermées : celles des Croisades, de la Révolution, de l’Empire, la galerie des Batailles. Dans le cadre des ventes internationales, Versailles acquiert du mobilier des XVIIe et XVIIIe siècles afin de remeubler les appartements.

Des visites libres offrent aux visiteurs le parcours des grands appartements du roi et de la reine et la galerie des Glaces. Pour ouvrir plus largement le domaine et le musée au public, des postes de surveillance seront créés. Un programme prévoyant deux expositions de haut niveau chaque année sera organisé ; l’année dernière, l’exposition "Les tables royales" a été vue par près de 250 000 visiteurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : Versailles saura compter

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