Samedi 14 décembre 2019

Musée

Un toit neuf pour le musée de médecine de Saint-Louis

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 7 février 2018 - 586 mots

Paris. En 2014, le Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis, d’ordinaire plutôt confidentiel, avait fait parler de lui en diffusant une vidéo à la mise en scène assez dramatique.

Musée des moulages, Hôpital Saint-Louis
Musée des moulages, Hôpital Saint-Louis
Photo S. Guillot
©AP-HP

Armé de parapluies et cerné par les seaux remplis de pluie, le personnel d’hôpital avait lancé un appel aux dons pour rénover la toiture. Car ce musée inauguré en 1889 avec sa bibliothèque dans un bâtiment de l’hôpital prenait littéralement l’eau. « La tempête de 1999, qui a fait perdre au toit de nombreuses ardoises, est venue aggraver des soucis d’étanchéité qui existent depuis l’ouverture », explique Sylvie Dorison, responsable du lieu placé sous la tutelle l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Pour seule réponse, un bâchage – censé être provisoire, mais qui s’est éternisé et qui a fini par rompre – avait été installé. Et quelques objets, que l’on peut toujours observer aujourd'hui dans les vitrines, ont pu être endommagés par le ruissellement des eaux de pluie. La recherche de fonds a payé. La rénovation tant attendue du toit (chiffrée à 975 000 euros financée pour le tiers par l’AP-HP) a finalement été inaugurée en novembre 2017, sous un nouvel éclairage zénithal. C’est donc avec une sérénité retrouvée que le musée va poursuivre son existence un peu à la marge.

Souvent qualifié de « musée des horreurs », un poncif couramment employé pour les musées de médecine, il expose dans une vaste salle habillée de 162 vitrines en bois (classées monument historique) courant jusqu’au plafond, des collections (classées également) que l’on peut qualifier de douloureuses. En effet, le musée présente environ 4 800 cires anatomiques reproduisant au plus proche de la réalité des lésions dermatologiques placées sur différentes parties du corps. Une grande part de ces pièces, que le musée a étagé par pathologies et par ordre alphabétique, ont été moulées directement sur des malades par Jules Baretta, artisan spécialisé dans le moulage décoratif de fruits, venu à Saint-Louis à partir de 1867 pour réaliser ces pièces destinées à servir de support d’enseignement.

Une fréquentation variée
Initialement réservé aux étudiants en dermatologie, ce musée s’est peu à peu ouvert plus largement au public. De par le caractère extrêmement impressionnant de ces moulages, et du fait qu’ils comprennent un grand nombre de représentations d’organes génitaux – les sexes ravagés par la syphilis sont légion – l’hôpital a cependant fait le choix de les interdire au moins de 12 ans. Et si le lieu est censé être accessible en semaine au grand public sur rendez-vous, il s’avère cependant souvent fermé pour accueillir régulièrement des manifestations médicales (colloques, conférences, journées d’étude…). Alors que des musées de médecine parisiens ont eu tendance fermer leur porte pour permettre aux hôpitaux et universités de gagner de l’espace et de se développer (lire JdA n° 459 du 10 juin 2016), c’est sans doute le fait de continuer de participer aux usages de l’hôpital qui a pu assurer la pérennité de ce lieu de presque 130 ans, qui, comme l’a noté Gérard Tilles dans La dermatologie en France (2002) « joue un rôle parfois comparé à un musée d’entreprise reliant entre eux les personnels (de l’AP-HP) en leur donnant une représentation commune des origines de l’institution. » Aujourd’hui, le lieu entend conserver cette identité tout en continuant de s’ouvrir davantage à un plus large public. « On observe que la part des visiteurs émanant du domaine artistique n’en finit pas de croître », explique Sylvie Dorison. Le lieu, qui réalise chaque année un joli succès aux Journées du patrimoine, veut systématiser l’organisation d’une exposition temporaire annuelle faisant la jonction entre médecine et art contemporain.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°494 du 2 février 2018, avec le titre suivant : Un toit neuf pour le musée de médecine de Saint-Louis

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