Archéologie

Stonehenge, à la croisée des chemins

Derrière la revalorisation du site se cache un grand projet routier

Par Peter Schauer · Le Journal des Arts

Le 11 octobre 2002 - 1005 mots

Situé entre deux routes, dans la plaine de Salisbury (Angleterre méridionale), le site de Stonehenge est au cœur d’une vaste campagne de revalorisation comprenant la construction d’un centre d’information, le réaménagement de la plaine où est érigé le plus grand ensemble mégalithique du pays, mais aussi la construction d’un long tunnel. Ce dernier point risque de faire couler beaucoup d’encre puisqu’il s’agit d’une route pour poids lourds devant traverser Stonehenge. À l’image du projet de réaménagement de Carnac, il semble aussi bien difficile de canaliser le flot des visiteurs des sites archéologiques.

LONDRES - Comme la plupart des rencontres longuement attendues, une visite à Stonehenge est plutôt décevante. Difficile de se sentir impressionné ou séduit par ces puissants blocs de pierres qui se dressent sur un site vieux de quelque quatre mille années, lorsqu’on se trouve à l’intersection des routes A344 et A303. Après une promenade dans l’enceinte circulaire du site, on tombe sur le magasin de souvenirs de Stonehenge et un horrible café, qui donnent à ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco des airs de parc d’attractions déprimant. Gérant du site, l’English Heritage vient d’annoncer le lancement d’une grande campagne pour remédier à cette situation. Presque vingt ans après avoir pris connaissance du problème et après de nombreuses tentatives avortées, un nouveau projet semble enfin sur le point de se concrétiser. Un centre d’accueil des visiteurs sera construit à environ 1,6 kilomètre du site, une grande partie de la plaine alentour sera réaménagée, et, point de controverse, la A344, sera fermée tandis que le tracé de la A303 sera modifié pour passer sous un tunnel. Le coût de ce plan, qui devrait s’achever en 2008, s’élèvera à 57 millions de livres sterling (90,5 millions d’euros). La plupart des fonds ont déjà été trouvés : l’Heritage Lottery Fund a engagé 26 millions de livres sterling (41,3 millions d’euros), le gouvernement britannique, par le biais du ministère de la Culture, des Médias et des Sports, contribuera au moins à hauteur de 10 millions de livres sterling (15,9 millions d’euros), l’English Heritage accordera 11,7 millions (18,6 millions) tandis que le National Trust financera des travaux d’aménagement du paysage. Enfin, le reste de la somme devrait être réuni grâce à un appel de collecte de fonds que lancera l’English Heritage à la fin de cette année. Au vu de l’intérêt général manifesté pour ce site, l’opération sera sans aucun doute un succès. Conçu par les architectes australiens Denton Corker Marshall, qui ont également imaginé le Melbourne Museum qui vient d’être achevé, le centre sera situé à Countess East, à 1,6 kilomètre à l’est de Stonehenge et verra le jour en 2006. Tout en respectant la mode actuelle d’un design de haut niveau, leur plan est censé se fondre au mieux dans le paysage environnant : le centre sera placé sur un flanc de colline et un semis végétal identique à l’herbe locale couvrira son toit. À l’intérieur seront présentées des illustrations sur Stonehenge et son histoire. Les visiteurs n’auront pas l’autorisation de rentrer dans le périmètre même où se trouvent des mégalithes et des tumuli, mais un accès encadré est prévu. Le potentiel destructeur de 830 000 visiteurs par an est trop important pour permettre un accès libre au cercle des pierres. La plaine entourant le site appartient au National Trust qui, avec ses fonds propres, compte ôter toutes les clôtures sur les 750 hectares avoisinants, et aménager de nouveaux parcours de randonnée permettant de découvrir Stonehenge dans son cadre original. Les agriculteurs recevront, quant à eux, une aide pour transformer en prairie les 800 hectares restants sur l’ensemble de ce site de 1 600 hectares.

La prairie coupée en deux
La construction du tunnel pour le passage de la A303 constitue la pierre d’achoppement du projet. Telles qu’elles sont tracées, les deux routes qui bordent Stonehenge ont toujours représenté le principal obstacle au projet de mise en valeur. Au nord, la A344 doit donc être fermée et, au sud, la A303 passera sous un tunnel. Même si cela permet de rétablir le paysage autour de Stonehenge et de réduire considérablement le bruit lié à la circulation, les abords de chaque côté du tunnel long de deux kilomètres couperont définitivement en deux la prairie que le National Trust espère restaurer. Cette construction détruira environ une dizaine de petites zones anciennes caractéristiques du site, pour la plupart déjà labourées et non classées. Les contestataires font campagne pour un tunnel beaucoup plus long qui se prolongerait d’un côté à l’autre du site, mais cette solution ne paraît pas envisageable, vu le coût énorme qu’engendrerait un tel projet. En outre, les conduits de ventilation requis pour une structure aussi profonde pourraient être bien plus laids que le tunnel lui-même. Le véritable problème du tunnel n’est finalement pas tant sa longueur mais sa largeur. Le gouvernement suit actuellement deux stratégies dans le cadre du réaménagement de Stonehenge. D’une part, par le biais du ministère de la Culture, il remet en valeur un trésor national. D’autre part, par le biais de la Highways Agency, il mène un projet de route pour poids lourds qui offrira un meilleur accès vers le sud-ouest de l’Angleterre, grâce à la création d’une autoroute à quatre voies reliant Londres à Exeter. La route choisie pour l’expansion est la A303, qui deviendra la M303. Si le projet est mené à terme, la principale autoroute de la région traversera le site de Stonehenge. Le mois prochain, l’English Heritage cherchera à faire passer ces projets, qui ont reçu l’aval du Council for British Archaeology et de la Prehistoric Society, devant le conseil du district de Salisbury. Une demande d’information ouverte au public devra encore être examinée, et le débat au sujet des routes risque de toute évidence d’être très animé. La Grande-Bretagne compte plus de 23 millions d’automobiles, et l’on sait bien que lorsque les routes sont élargies, elles atteignent presque aussitôt la limite de leur capacité. Quelle que soit la forme finale du projet, lorsque vous visiterez Stonehenge, prenez s’il vous plaît le train ou le bus !

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°156 du 11 octobre 2002, avec le titre suivant : Stonehenge, à la croisée des chemins

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