Sintra mise tout sur le dix-huit

La ville a converti son casino en Musée d’art moderne et contemporain

Le Journal des Arts

Le 9 octobre 2009

Le 18 mai, Sintra inaugure son musée d’art moderne et contemporain, installé dans son ancien casino. Il accueillera pour dix ans au moins la collection personnelle de l’homme d’affaires José Berardo.

SINTRA. Située à environ 25 kilomètres à l’ouest de Lisbonne, Sintra s’enrichit d’un musée d’art moderne et contemporain. Cette création est le résultat d’une négociation entre l’homme d’affaires José Berardo, diverses entreprises locales et la municipalité. S’inspi­rant de l’accord passé entre Heinz Berggruen et la Ville de Berlin, les partenaires ont signé un contrat pour une période de dix ans. José Berardo prête sa collection de 400 peintures et sculptures à la municipalité qui, pour sa part, fournit le lieu d’exposition, un casino des années vingt reconverti en musée dans le respect de son architecture originale, pour un coût équivalant à 29 millions de francs. Les frais annuels de fonctionnement, estimés à environ 6 millions de francs, seront partagés à égalité entre les deux signataires. José Berardo n’a commencé à collectionner l’art contemporain et moderne qu’en mars 1993, mais grâce à son agent et conseiller Francisco Capelo, il est devenu l’un des acheteurs les plus remarqués – et tenaces – des salles de vente, ainsi qu’un familier des galeries de Londres, Milan, Copenhague, Stockholm, New York et San Francisco. La valeur marchande de sa jeune collection est généralement estimée à 500 millions de francs. Le paysage aux arbustes de Dubuffet (1949), la pièce la plus chère, aurait coûté 5 millions de francs. D’autres achats importants, notamment des œuvres de Riopelle, Lichtenstein, Kelly, Baselitz, Richter, Clemente et Kossoff, ont atteint le million de francs. Heureusement, les dernières années ont été une période faste pour l’homme d’affaires, dont les investissements se répartissent entre l’hôtellerie, le tabac, le vin, les mines, la banque et les médias. L’une de ses deux sociétés, côtées à la bourse de Lisbonne, possède la majorité des parts de SIC, la chaîne de télévision la plus importante du pays. Depuis janvier 1995, la valeur de ses holdings a quadruplé et représente un capital de 1,5 milliard de francs. La collection, dont le catalogue a été publié l’été dernier, couvre les divers mouvements artistiques de l’après-guerre, en Europe et aux États-Unis, jusqu’aux années quatre-vingt, avec des représentants du Pop art, de l’Arte povera et de l’Art minimal et conceptuel. S’y ajoutent les œuvres de trois artistes portugais, Vieira da Silva, Juliao Sarmento et Paula Rego. Des achats récents auprès d’artistes tels que Michael Craig-Martin, Ian Davenport et Manuel Ocampo témoignent en outre d’un intérêt pour la création actuelle. Francisco Capelo souligne que la collection qu’il a rassemblée avec José Berardo n’est pas un répertoire des mouvements artistiques, mais une sélection d’œuvres individuelles, choisies pour leur importance historique dans l’évolution de l’art. Ce principe est repris dans le catalogue, qui ignore les traditionnelles frontières entre écoles et pays. De même, l’accrochage des quelque 140 tableaux et sculptures juxtapose Jean Hélion et Jack Smith, William Scott et Nicolas de Staël, Mark Tobey et Henri Michaux. La présentation inaugurale se décline autour de quelques œuvres frappantes : les 364 Suisses morts (1990) de Boltanski, une installation de portraits obituaires agrandis, présentée à l’origine à la Whitechapel Art Gallery, remontée dans une pièce spécialement aménagée en sous-sol, et Fargo (1967) de James Turrel, qui occupe une salle entière au premier étage. Le musée n’a, pour l’instant, pas de programme d’expositions temporaires, mais une rotation régulière de la collection permettra de présenter toutes les œuvres.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°38 du 16 mai 1997, avec le titre suivant : Sintra mise tout sur le dix-huit

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