Vendredi 19 octobre 2018

Rapport

Réhabiliter l’Histoire

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 12 mars 2008 - 777 mots

Le projet d’un grand Centre de l’Histoire de France au sein de l’Hôtel des Invalides remet en question la rénovation du Musée de l’Armée.

PARIS - Portée par l’ancien Président de la République Jacques Chirac, qui voyait là l’occasion idéale de rendre hommage au Général de Gaulle, la rénovation du Musée de l’Armée pourrait n’être qu’une étape dans le vaste chantier qui anime l’Hôtel des Invalides. C’est ce qui ressort du rapport commandé en novembre dernier à Hervé Lemoine, conservateur du Patrimoine, par les ministres de la Défense et de la Culture, et rendu public le 22 février à l’occasion de l’inauguration de l’Historial Charles de Gaulle (lire le JdA n°276, 29 février 2008, p. 7). Invité à réfléchir sur la création d’« un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’Histoire civile et militaire de la France », Hervé Lemoine devait aussi envisager « la mise en place d’un réseau rassemblant les musées d’Histoire et des conflits contemporains en région et les centres d’interprétation et de recherche se consacrant à ces sujets ».

Le but de ce vaste projet : réconcilier les Français avec leur Histoire et redéfinir le débat public à l’heure où, selon l’auteur, la mémoire s’est substituée à l’Histoire. « La multiplication des manifestations commémoratives, des célébrations, non plus nationales mais identitaires […], semble avoir définitivement rendu impossible et même illégitime toute référence à une Histoire de la nation », précise ainsi Hervé Lemoine. Dans la première partie de ce rapport d’une cinquantaine de pages, l’auteur fustige cette « Histoire en miettes » qui a succédé à l’Histoire unifiée de la IIIe République. Pointant du doigt « les politiques mémorielles », l’auteur fait largement référence au manifeste Liberté pour l’Histoire publié par Libération en 2005. Ce texte militait pour l’annulation de la loi Gayssot votée en 1990, qui condamne toute recherche historique pouvant aboutir à des thèses négationnistes, et rappelait les grands principes de la discipline, qui ne pourrait se réduire à des considérations morales, religieuses, juridiques ou mémorielles.

Un lieu de débats
Sur le modèle du Deutsches Historisches Museum de Berlin ou du National Museum of American History de Washington, ce grand centre d’Histoire de la Nation, baptisé par l’auteur « La Maison des siècles de l’Histoire », serait à la fois un lieu de valorisation de la recherche et de débats, un carrefour des enseignements primaire, secondaire et supérieur, ainsi qu’un musée « dynamique ». Le tout réparti dans les espaces de l’emblématique Hôtel des Invalides, qui abrite déjà des dizaines d’institutions (52 au total), dont quatre musées. Parmi eux, le Musée de l’Armée, qui attire 1,5 million de visiteurs par an et dont le vaste projet de rénovation de 70 millions d’euros doit s’achever en 2010, serait littéralement avalé par le nouveau centre. Hervé Lemoine enfonce le clou et précise : « le Musée de l’Armée ne peut incarner à lui seul un projet ayant vocation à embrasser l’ensemble des facettes de l’Histoire de France ».

L’idée développée serait donc d’utiliser les espaces (près de 20 000 m2) et les collections du Musée de l’Armée, mais aussi des trois autres musées présents sur place. À savoir : le Musée des plans reliefs, qui abrite une centaine de maquettes ; le Musée d’Histoire contemporaine de la bibliothèque de documentation internationale contemporain (BDIC-MHC), confiné dans des espaces de 700 m2 et riche de 1,5 million de documents iconographiques ; sans oublier le Musée de l’Ordre de la Libération (1 000 m2), qui conserve des décorations, archives écrites, photographies et uniformes. Si l’idée de regrouper les trois dernières institutions, peu visibles, peut sembler judicieuse, la remise en question du tout nouveau Musée de l’Armée qui aspire depuis les débuts de sa rénovation à devenir un grand musée d’Histoire, est pour le moins surprenante, surtout au regard des deniers publics engagés. D’autant plus que chaque établissement dépend d’une tutelle différente : le ministère de la Défense pour le Musée de l’Armée ; celui de la Culture pour les plans reliefs ; de l’Enseignement supérieur pour la BDIC ; et de la Justice pour celui de l’Ordre de la Libération, auxquels il convient d’ajouter le ministère de l’Éducation nationale, censé devenir un partenaire privilégié !

Excepté la création d’une Galerie de l’Histoire de France, estimée entre 13 et 15 millions d’euros, et la récupération de l’auditorium de l’Historial de Gaulle, le rapport Lemoine reste totalement flou quant à l’aspect final de la muséographie dont il se contente d’esquisser les grandes lignes. Quelle que soit la forme juridique qu’il prendrait – celle d’un groupement d’intérêt général ou, plus probablement encore, d’un établissement public –, la pilule sera difficile à avaler pour le Musée de l’Armée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°277 du 14 mars 2008, avec le titre suivant : Réhabiliter l’Histoire

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