Dimanche 21 octobre 2018

Washington

Quatre Stradivarius pour le Japon

De la Corcoran Gallery à la Japan Music Foundation

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 348 mots

La Corcoran Gallery of Art de Washington vend à une fondation japonaise son quartet d’instruments à cordes, autrefois propriété de Paganini.

WASHINGTON - Au début de l’été, la Corcoran Gallery of Art a plus que triplé sa dotation en cédant, pour la somme astronomique de quinze millions de dollars (81,6 millions de francs environ), un ensemble de quatre instruments à cordes fabriqués par le célèbre luthier de Crémone. Les deux violons, qui datent de 1696 et de 1727, l’alto de 1731 et le violoncelle de 1736, ont été achetés par la Japan Music Foundation, organisation à but non lucratif qui apporte son soutien à des instrumentistes de haut niveau.

La Corcoran Gallery of Art est célèbre pour ses collections d’art américain et ses collections d’art hollandais et français. "Nous n’avons pas de collection d’instruments ni de spécialistes qui pourraient s’occuper de pièces de cette qualité et de cette importance" soulignait David Levy, directeur du musée.

Jusqu’à ce qu’une expertise de 1991 estime la valeur des quatre Stradivarius à douze millions de dollars (65 millions de francs environ), le "quartet Paganini" était prêté régulièrement à différentes formations. Depuis cette date, il dormait dans un coffre, en attente d’un nouveau propriétaire qui s’engagerait à ne pas le disperser et à le mettre à la disposition de musiciens.

Les altos de l’atelier Stradivarius, qui a produit plus de mille instruments, sont particulièrement rares : aujourd’hui, on n’en connaît que quatorze. Celui de la Corcoran Gallery était évalué à huit millions de dollars. Paganini l’avait acquis en 1832 à Londres, et avait demandé à Berlioz d’écrire pour cet instrument : ainsi vit le jour Harold en Italie, symphonie concertante qui compte parmi les plus belles pages composées pour l’alto.

La plupart des altos fabriqués par Stradivarius appartenant à différentes institutions, "il serait pratiquement impossible aujourd’hui de réunir un quartet de cette qualité", souligne Jacques Français, marchand new-yorkais qui a servi d’intermédiaire dans la transaction. Le musée possède un quartet de Niccolo Amati, maître de Stradivarius, qu’il mettra en vente cet automne pour environ quatre millions de dollars (22 millions de francs environ).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Quatre Stradivarius pour le Japon

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