Archéologie

ITALIE/PATRIMOINE

À Pompéi, forte opposition à une grande roue

Par Olivier Tosseri (correspondant à Rome) · Le Journal des Arts

Le 17 avril 2019 - 566 mots

POMPÉI / ITALIE

Le maire veut installer une attraction à proximité du site antique, au mépris d’engagements pris avec l’Unesco.

Une Grande roue installée dans une fête foraine
Une Grande roue installée dans une fête foraine
Photo Djedj

Pompéi (Italie). Pompéi est-il un parc archéologique ou un parc d’attractions ? C’est le débat qu’a suscité récemment Pietro Amitrano, le maire de la ville. Il a fait part de son intention d’inaugurer le 8 mai prochain une grande roue panoramique de 60 mètres de haut offrant aux touristes une vue imprenable sur le chantier de fouilles, le Vésuve et le golfe de Naples. Ils étaient l’an dernier près de 3,7 millions de visiteurs à déambuler sur le site archéologique, soit un chiffre en hausse de 7,8 % sur un an. Une manne dont ne veut pas se priver la municipalité qui présente son projet comme un élément au service « de la valorisation du territoire ». Pour l’Observatoire du patrimoine culturel, il s’agit en revanche « d’une violence qu’on lui fait subir au mépris du respect des règles élémentaires de protection du chantier de fouilles, mais aussi de celles établies dans le cadre du “Grand Projet Pompéi” ».

Une dalle en ciment d’une surface de 600 m2

Le projet en question résulte d’un accord signé en 2013 avec l’Unesco, à la suite de la multiplication d’effondrements d’édifices. L’organisation onusienne avait alors dénoncé la « mauvaise gouvernance, les projets de construction à proximité du site classé ; les restaurations et l’entretien inadéquats ; l’insuffisance de compétences et un financement inadapté ».

Pour y remédier et sauver Pompéi, 105 millions d’euros, dont 75 % proviennent de l’Union européenne, ont été investis afin de mettre en sécurité et restaurer le site. À proximité, une zone tampon a été instituée pour éviter que de nouveaux bâtiments ne le fragilisent. La construction d’une roue panoramique d’une taille équivalente à celle du Prater de Vienne, soit celle d’un immeuble de vingt étages, y serait évidemment interdite. Le ministre des Biens et Activités culturels, qui n’a pas encore reçu la demande officielle, a d’ores et déjà annoncé son profond désaccord. Le maire de Pompéi a un moyen de contourner cet obstacle en dressant la tour à la limite de la zone tampon. Il n’aurait alors qu’à demander une autorisation paysagère en arguant du fait que cette grande roue, démontable, ne nuira pas à la stabilité du site archéologique et sera provisoire. C’est oublier les fondations de ciment, d’une surface de 600 m2 au moins, sur lesquelles elle doit reposer. Un argument qui a dissuadé les édiles de Milan et de Turin d’en ériger une dans des parcs de leur ville. Pas le maire de Pompéi, qui, malgré le délabrement de certaines de ses infrastructures essentielles, est « enthousiaste vis-à-vis d’un projet qui créera une attraction touristique en mesure de lutter contre le tourisme éclair et aura des retombées positives pour tous ». Les surintendances pour les biens archéologiques, les monuments historiques ou le paysage tombent de haut. Elles n’ont pour l’instant reçu aucune demande d’autorisation ni aucun projet.

Si le parc d’attractions ne dispose pas encore de plan précis, le parc archéologique n’a plus de directeur. Massimo Osanna a juridiquement achevé le 31 décembre dernier son mandat et est candidat à son renouvellement. Le ministère de la Culture, qui a reçu 47 candidatures, n’a toujours pas pris de décision. « Les années terribles sont derrière nous », se félicitait Massimo Osanna en 2018, année où la mise en sécurité du site a été achevée. Si on prend un peu de hauteur, on pourrait craindre leur retour.

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°521 du 12 avril 2019, avec le titre suivant : A Pompéi, forte opposition à une grande roue

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