Vendredi 17 septembre 2021

Hommage

Olivier Debré, tête de pont du CCC de Tours

Plus qu’un musée de référence consacré à Olivier Debré, le CCCOD de Tours cherche à mettre en regard l’œuvre de l’artiste avec la création contemporaine internationale.

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 21 avril 2015 - 1112 mots

Né à la toute fin des années 1970, le Centre de création contemporaine (CCC), à Tours, est sur le point d’écrire une nouvelle page de son histoire. À l’automne 2016, le centre intégrera ses nouveaux quartiers installés dans l’ancienne école des Beaux-Arts datant des années 1950, repensée par les architectes portugais Manuel et Francisco Aires Mateus. Il abritera les œuvres de la donation Debré.

TOURS - « Ce ne sera pas un musée Debré », annonce d’un ton catégorique Alain Julien-Laferrière, l’initiateur et directeur du CCCOD, le Centre de création contemporaine Olivier Debré, à Tours, qui révèle ces jours-ci les grandes lignes de ce projet dont l’inauguration est prévue à l’automne 2016. Et on peut croire Alain Julien-Laferrière qui a mené son affaire de A à Z, c’est-à-dire du CCC originel jusqu’à Olivier Debré. Pour comprendre la nature, la mission et la singularité de ce futur centre, il faut remonter à la fin des années 1970. À l’époque, les Frac  n’existent pas et les centres d’art ne courent pas les villes. Mais il y a quand même des visionnaires, de vrais militants qui se sont déjà engagés en faveur de l’art contemporain, notamment Jean-Louis Maubant (1943-2010) à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, Jean-Louis Froment au CAPC (Centre d’arts plastiques contemporains) de Bordeaux, le Consortium à Dijon et Alain Julien-Laferrière à Tours. On est en 1978 et celui qui n’est alors qu’un amateur lance la manifestation « Tours Multiples » qui se transforme en Biennale en 1983 et s’installe en 1985 dans un bâtiment industriel, loué où naît alors le CCC. Après être restée là, rue Racine, derrière la cathédrale pendant quinze ans, l’institution déménage derrière la gare, cette fois, rue Marcel-Tribut, qui est encore son adresse actuelle.

Trois missions
Trente-cinq ans plus tard, avec quelque 200 expositions au compteur (sans compter les projets à l’extérieur), le bilan du CCC est pour le moins éloquent avec une politique qui a toujours été fondée sur trois axes. Le premier centré sur des expositions personnelles d’artistes de toutes générations, aussi bien des jeunes que des plus confirmés, à l’exemple de Pierre Bismuth, Xavier Veilhan, Philippe Mayaux, Kader Attia, Gérard Gasiorowski, mais aussi de Kcho le Cubain, du Belge Panamarenko ou de l’Anglais Julian Opie. Le Centre a régulièrement accompagné des artistes sur le long terme, comme Claude Rutault et même régulièrement produit spécialement des pièces (Daniel Buren). Ainsi pour marquer la première grande exposition en France de Roman Opalka, il a réalisé deux disques de ses œuvres sonores et par la suite développé son œuvre photo avec les autoportraits.

Le deuxième axe a toujours été tourné vers les expositions collectives, avec la volonté de servir de tremplin pour de jeunes générations aussi bien d’artistes que de critiques d’ailleurs. Éric Troncy ou Nicolas Bourriaud, par exemple, y ont fait leurs classes : ils furent les co-commissaires de la manifestation « Il faut construire l’Hacienda » en 1992. D’un ordre un peu différent, le troisième pôle qui repose sur les grandes conférences à l’université de Tours, a vu le CCC programmer des rencontres inédites entre un intellectuel ou historien et un artiste avec toujours sur l’estrade une œuvre de ce dernier : Georges Duby a ainsi poussé la réflexion avec Jean-Pierre Raynaud sur fond de pot rouge, Robert Fleck et Pierre Soulages, eux sur fond noir ou encore Paul Virilio et Claude Parent. Enfin Alain Julien-Laferrière insiste sur « le souci qu’[ils ont] eu dès le départ d’innover dans le rapport au public en créant tout de suite des outils pédagogiques, en se rendant disponibles, en faisant appel à des médiateurs, en mettant en place des programmes de formation, des relations avec l’université et les étudiants ». Une politique qui a porté des fruits puisque le CCC affiche aujourd’hui une fréquentation annuelle de 20 000 visiteurs.

Un lieu en prise avec l’art vivant
Bien évidemment Olivier Debré (1920-1999), le Tourangeau, n’a jamais été bien loin de cette ruche. Mieux encore, c’est même à lui que sont commandés en 1991 pour une exposition personnelle sept grands tableaux à la dimension des cimaises (4 m x 9 m, les plus importants qu’il ait jamais réalisés, à l’exception de ses rideaux de scène). À la mort de l’artiste, cinq d’entre eux vont constituer le noyau de la donation Debré faite au CCC. Se pose alors la question de lui consacrer, ou non, un musée. Mais « Olivier Debré ne voulait surtout pas d’un mausolée à son nom. Il tenait à être en prise directe avec l’art en train de se faire et à venir », précise Alain Julien-Laferrière. Les différents protagonistes vont alors se mettre d’accord pour réunir les deux projets. Reste alors à trouver un lieu, de préférence en centre-ville. À l’entrée de celle-ci et du quartier historique se dressait l’ancienne école des beaux-arts. Un concours international est alors lancé il y a trois ans et remporté par le cabinet d’architecture portugais des frères Manuel et Francisco Aires Mateus. Des deux bâtiments existants, ils vont n’en conserver qu’un, le plus beau, typique des années 1950, avec une grande nef (30 mètres de long sur 13 mètres de haut et 11 mètres de large) dans laquelle seront présentées des œuvres de grandes dimensions commandées à des artistes, et où seront aussi remontrées d’importantes installations démontées et rangées dans les musées. « Ce sera la partie la plus généreuse de l’ensemble, puisqu’avec des grandes baies, les œuvres seront visibles du dehors jour et nuit, et gratuitement, de l’intérieur. À la place de l’autre bâtiment qui, lui, sera détruit, va être construit le “glaçon”, une partie transparente sur laquelle viendra se poser un second bâtiment attenant au premier », indique  Alain Julien-Laferrière.

Outre un café, une librairie et des petites galeries pour les œuvres graphiques, il abritera « la galerie noire », consacrée à la vidéo et la photo, et une grande « galerie des abstraits » plutôt dédiée à Debré « que nous allons confronter à des peintres plus jeunes. Nous allons piocher dans l’œuvre d’Olivier des thématiques, des héritages, des dialogues possibles avec des artistes contemporains pour réfléchir à l’enjeu de ce que peut être la peinture aujourd’hui » continue Alain Julien-Laferrière. Avec une superficie totale de 5 000 m2, 15 millions d’euros de travaux (venus du Fonds européen de développement régional, du ministère de la Culture, de la Région, de la communauté d’agglomération, de la Ville…) et un budget de fonctionnement d’1,5 million par an, le CCCOD « va s’inscrire dans la dynamique, l’innovation et la vitalité de l’art d’aujourd’hui et pas seulement sur le terrain artistique, mais aussi sur le plan du rapport aux publics », surenchérit le directeur. Une manière de conjuguer au futur les deux identités dorénavant réunies.

MAQUETTES D’AIRES MATEUS

Jusqu’au 30 août, au CCC, 55 rue Marcel-Tribut, 37 000 Tours, tél. 02 47 66 50 00, www.ccc-art.com, mercredi- dimanche, 14h-18h, entrée libre.

Légendes photos
Visuels pour le concours du centre de création contemporaine Olivier Debré, 2012. © Agence Aires Mateus, Lisbonne

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°434 du 24 avril 2015, avec le titre suivant : Olivier Debré, tête de pont du CCC de Tours

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