Histoire

Musée Guerre et Paix en Ardennes : une équipe franco-allemande raconte 100 ans de conflits

Par Nathalie Diot · lejournaldesarts.fr

Le 7 février 2018

NOVION-PORCIEN

Inauguré le 22 janvier 2018, jour anniversaire de la réconciliation entre la France et l’Allemagne, le Musée Guerre et Paix a fait appel à des historiens français et allemands pour écrire la muséographie.

Musée Guerre et Paix en Ardennes
Musée Guerre et Paix en Ardennes
Photo Guillaume - 2006

« Nous sommes émus de toute cette souffrance, le non-sens, le chaos, la fin de l’humanité en réalité ». Bouleversés, deux visiteurs allemands achèvent leur parcours dans le Musée Guerre et Paix en Ardennes à Novion-Porcien, rouvert le 22 janvier dernier. L’un d’eux est le descendant d’une grande famille de militaires allemands présents lors des trois conflits qui ont agité les Ardennes de 1870 à 1945 : les Von Molkte. « C’est appréciable en particulier d’aller chercher les racines de la guerre jusqu’en 1852. Le propos est très équilibré entre la France et l’Allemagne ».

Ce parti pris muséographique, la directrice de l’établissement, Marie-France Devouge, le revendique : « L’histoire franco-allemande constitue un fil rouge pour la conception, le choix des objets et l’élaboration du parcours ». Cette orientation s’est affirmée progressivement après le recrutement en 2005 de deux figurinistes d’Outre-Rhin, les frères Umhey. « Quand nous avons commencé, la vision était très franco-française », se souviennent Alfred et Roland venus avec « une importante bibliothèque » dans leur bagage et « un accès direct aux sources allemandes ».

Mais, au-delà de leur savoir encyclopédique, c’est « cette mémoire allemande qui leur est particulière » que retient la directrice. Leur père combattant en Normandie en 44, la dénazification, la réconciliation… Autant d’éléments qui ont permis de rédiger pour les cartels et panneaux « un discours équilibré » qui fait « la synthèse des points de vue », estime Roland Umhey. Difficile d’en juger encore, ces derniers n’étant pas installés dans leur totalité. Ce qui devrait être achevé « fin février » d’après la directrice.

Pour le moment, le résultat se joue en dix-huit séquences souvent immersives et réparties sur 4 000 m2. Outre des décors grandeur nature et des dioramas, c’est surtout la riche collection d’objets du musée qui permet cette convergence des perspectives. Pour la période 1914-1916, alors que le département des Ardennes est entièrement occupé, des affiches d'époque « listant les nombreuses interdictions auxquelles les habitants étaient soumis côtoient celles appelant les Allemands à participer à l’effort de guerre alors que certains mourraient de faim », explique la directrice.

Plus loin, l’équipe procède par analogie pour présenter « les béquilles » qui permettent aux soldats de tenir : tabac, cartes et blocs de correspondances, bouteilles d’eau de vie, artisanat et journaux de tranchée, objets religieux, paquetage du soldat, français, allemand ou même américain pour la période 1939-1945… Tout ce qui relie les soldats dans leur humanité, jusqu'à cette vitrine présentant « côte à côte » des plaques commémoratives pour les morts de chaque camp.

Une approche rendue possible grâce à un réseau de partenaires français mais aussi d'une collaboration outre-Rhin avec trois musée allemands (Ludwigshafen, Ingolstadt et Rastatt) qui ont permis d'alimenter cette impressionnante collection de 14 000 objets. Une oriflamme nazie et un buste d’Hitler ont ainsi été prêtés par le musée de Rastatt et attendent, pour l'heure, une mise en contexte appropriée afin d'être présenté au public. Car le sujet est sensible. « Au point qu'il est inenvisageable de les présenter en Allemagne », commente Marie-France Devouge. « C’est trop douloureux » et surtout « interdit » complètent les frères Umhey. En parallèle, dans une pièce attenante, d’autres témoignages bouleversants rappellent l’horreur de cette période autour de la tenue du déporté politique ardennais, Charles Alma, léguée en janvier par son propre fils au Musée.

L’équipe franco-allemande a choisi de poursuivre le récit jusqu'à nos jours en marquant « les étapes importantes de la réconciliation franco-allemande sans laquelle il aurait été très difficile de construire l'Europe ». Livré le jour de l’inauguration, un message du secrétaire des Nations Unies Antonio Gutteres devrait être intégré à un audiovisuel destiné à cet espace d’ici quelques semaines. L'enjeu : « dépasser le seul registre de l’histoire » et donner plus d’épaisseur à la notion de paix que le musée souhaite incarner.

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