Musée

DIALOGUE SOCIAL

Marseille, début d’apaisement au MuCEM

Par Stéphanie Lemoine · Le Journal des Arts

Le 18 janvier 2024 - 684 mots

MARSEILLE

Après la publication d’une lettre ouverte des représentants du personnel pointant plusieurs dysfonctionnements, l’heure semble au dialogue.

Pierre-Olivier Costa. © Alexis Robardet
Pierre-Olivier Costa.
© Alexis Robardet

Marseille. Le divorce est-il consommé entre les agents du MuCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) et son président ? C’est que laissait entendre la publication le 8 décembre 2023 d’une lettre ouverte adressée à Pierre-Olivier Costa. Postes vacants, souffrance au travail, gestion court-termiste… : les dysfonctionnements « anciens, mais aussi très récents » listés par les représentants du personnel du syndicat SUD-Solidaires à l’issue d’une enquête-collecte auprès des salariés étaient nombreux.

« Nous ne sommes pas dans le conflit, mais dans le dialogue », assure pourtant l’ancien directeur de cabinet de Brigitte Macron, arrivé à la tête de l’établissement marseillais en novembre 2022. Après un échange tendu le jour même de la publication de la lettre, les parties prenantes ont en effet eu l’occasion de revenir sur son contenu lors du comité social d’administration (CSA), le 21 décembre dernier. « On nous a affirmé à l’oral, dans une instance officielle, qu’il y aurait des réponses à nos revendications, affirment les représentants du personnel. Nous attendons de voir si les annonces seront suivies d’effets. »

L’arrivée le 1er décembre de Véronique Haché au poste – vacant depuis des mois – d’administratrice générale est pour beaucoup dans cet apaisement. « Elle semble prendre la mesure du problème et elle a fait plutôt bonne impression aux équipes, notent les représentants du personnel. Elle a prévu de nous rencontrer toutes les semaines. » Il faut dire que les attentes sont particulièrement fortes en matière de ressources humaines. Parmi les difficultés structurelles du musée dans ce domaine, un manque de personnel obligeant à recourir à des emplois précaires. « Le MuCEM est sous-doté humainement, explique Pierre-Olivier Costa. Je suis en discussion avec le ministère pour qu’il nous donne de l’air. De nombreux agents ont des situations salariales bloquées depuis des années. Il faut aussi faciliter la mobilité au sein du musée. Nous allons être très vigilants pour que chaque poste qui se libère soit remplacé là où il sera le plus utile. » De même, au 1er janvier 2024, cinq postes à responsabilité sont vacants. Manquent notamment un directeur scientifique, un directeur de la communication et un directeur des réseaux informatiques.

Un management jugé « parfois toxique »

D’après les représentants du personnel, une clarification de l’organigramme est également prévue. De fait, la lettre du 8 décembre mentionnait un management « exercé hors du cadre légal par deux conseillers-prestataires », au mépris de la chaîne hiérarchique classique. Missionnée pour organiser la célébration, de juin 2023 à juin 2024, des 10 ans du MuCEM, Françoise Pams semble tout particulièrement cristalliser les griefs : le management de cette professionnelle de la communication à la retraite est jugé « parfois toxique ». Pourtant, Pierre-Olivier Costa défend son choix : « Je sais que l’anniversaire a généré beaucoup de travail, mais Françoise Pams a été précieuse et déterminante pour avancer grâce à ses compétences et son réseau. » Contactée par le Journal des Arts, la conseillère n’a pas souhaité réagir.

Le dialogue amorcé lors du CSA laisse aussi nombre de questions en suspens. La lettre adressée à Pierre-Olivier Costa pointait notamment « une mise à mal du projet scientifique » de l’établissement marseillais. Depuis son arrivée, le président martèle dans la presse son désir d’élargir les publics, quitte à donner l’impression que rien n’a été fait dans ce domaine avant son arrivée. « Le MuCEM a une sociologie de visiteurs proche de celle d’un établissement parisien, nous explique-t-il. J’ai pensé que nos collections avaient le potentiel pour intéresser des publics qui ne vont jamais au musée. Parallèlement à la célébration des 10 ans, nous avons donc lancé le chantier d’une exposition permanente des collections. » Montée en moins d’un an et inaugurée mi-décembre sous le titre de « Populaire ? Les trésors des collections du Mucem », celle-ci a révélé de profondes divergences quant à la façon d’œuvrer à un désir commun de démocratisation culturelle. « Nous avons le sentiment d’une opposition entre contenu scientifique et approche émotionnelle, confirment les représentants du personnel. Or l’absence de contenu est tout le contraire de ce qu’un établissement culturel doit produire : ça ne fera pas plus venir les gens. »

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°625 du 19 janvier 2024, avec le titre suivant : Marseille, début d’apaisement au MuCEM

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque