L’Inde au chevet d’Angkor

L’archaeological Survey of India va restaurer le temple de Ta Prohm

Le Journal des Arts

Le 7 février 2003

À la suite d’un accord signé entre le Cambodge et l’Inde, c’est l’Archaeological Survey of India (ASI) qui restaurera le temple de Ta Prohm. La tâche est ardue, d’autant que l’institut indien a été sévèrement critiqué pour ses interventions précédentes sur le site d’Angkor au sein duquel s’élève le temple.

ANGKOR - Le Premier ministre indien en personne, Atal Behari Vajpayee, vient de signer un accord avec le Cambodge afin d’entreprendre la restauration du temple de Ta Prohm. Le bâtiment de la fin du XIIe siècle est une des plus belles constructions du complexe d’Angkor Wat. Les travaux seront effectués par l’Archaeological Survey of India (ASI), qui a déjà travaillé sur le temple principal d’Angkor entre 1986 et 1993. Il y a vingt ans, pour répondre à l’appel lancé par le prince Norodom Sihanouk, l’ASI avait traité chimiquement la pierre des constructions et entrepris des réparations structurelles. Mais, pour A. C. Grover, directeur général adjoint de l’ASI, l’intervention sur Ta Prohm ne s’inscrit pas dans la lignée de la précédente. Cette fois, les travaux se limiteront à des réparations structurelles : remonter les constructions éparses, restaurer celles qui se sont effondrées et exhumer les parties enfouies. Par ailleurs, l’ASI fera un relevé du site, installera un système d’écoulement des eaux et aménagera la zone. Selon des estimations préliminaires, la restauration de Ta Prohm va coûter près de 4 millions de dollars (environ 3,76 millions d’euros) et s’étendra sur huit ans.
L’ASI avance sur un terrain délicat. Aucune intervention n’a été entreprise sur le site depuis des années, à l’exception du débroussaillage d’un sentier pour les visiteurs et du renforcement de certains pans qui menaçaient de tomber. Entre le XVe siècle et le XIXe siècle, Angkor fut déserté et la forêt tropicale environnante a envahi les monuments. Il est difficile aujourd’hui de dire qui de la pierre ou de la végétation soutient l’autre. Partout, d’immenses kapokiers de 20 mètres de haut enserrent les structures finement sculptées. Les racines se sont glissées entre les pierres et donnent l’impression de faire levier jusqu’à ouvrir les temples. Dès lors, il serait dangereux de couper certains arbres qui ont fini par servir de support à l’architecture. “Le sentiment général parmi les touristes est que ces arbres devraient être conservés, rapporte A. C. Grover. Les arbres ont soixante-dix ans et, pour cette raison, ils font partie de ce monument, mais la presse a signalé récemment que certains d’entre eux étaient tombés, endommageant gravement les structures du temple. Même si nous n’envisageons pas pour l’instant de supprimer les arbres, l’ASI souhaiterait connaître l’avis d’experts sur leur avenir dans le complexe de Ta Prohm, alors que nous nous proposons de rendre au temple la gloire et la grandeur qui furent autrefois les siennes.”
Reste que l’ASI a déjà été critiquée pour son emploi de substances chimiques. Et bien que l’organisme déclare limiter au strict minimum “l’intervention sur les structures et les sculptures” afin de préserver “l’historicité et l’authenticité artistique” du monument, les experts européens sont convaincus que les erreurs commises par l’ASI dans la décennie précédente sur le temple Angkor sont dues à des choix délibérés. Selon la mission de conservation allemande, qui officie pour le compte de l’Autorité pour la protection du site et l’aménagement de la région d’Angkor (Apsara), “de nombreuses surfaces du temple d’Angkor Wat sont recouvertes d’une couche blanchâtre, parfois brillante… Les traitements ont été entrepris dans le cadre d’un projet de restauration afin d’empêcher l’infiltration de l’eau, mais ils empêchent aussi les interventions de consolidation nécessaires”. Aujourd’hui, une des tâches des restaurateurs est de retirer les revêtements acryliques, mais elle est délicate, car des substances abrasives risqueraient d’endommager la pierre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°164 du 7 février 2003, avec le titre suivant : L’Inde au chevet d’Angkor

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