Berlin

L’Île des Musées

Un architecte milanais remporte le concours pour la reconstruction du Neues Museum

Le Journal des Arts

Le 7 juin 2010

L’architecte Giorgio Grassi a été choisi pour reconstruire le Neues Museum, qui fait partie de l’ensemble situé sur l’Île des Musées et qui fut partiellement détruit vers la fin de la Seconde Guerre mondiale.

BERLIN - Le jury d’architectes, d’historiens d’art et de directeurs de musées (entre autres Neil MacGregor, de la National Gallery de Londres, et Henk van Os, du Rijksmuseum) a estimé que le projet de Grassi était le meilleur des dix-huit présentés au concours organisé par le Stiftung Preussischer Kulturbesitz. Le deuxième prix va à David Chipperfield, de Londres, le troisième à Francesco Venezia, de Naples, le quatrième à Frank Gehry, de Santa Monica et le cinquième à Alex Schultes, de Berlin.

Le cahier des charges du concours pour le Neues Museum comportait la reconstruction, la restauration et l’adaptation des parties détruites, la construction d’un bâtiment en bordure du Kupfergraben, – le canal qui longe l’Île des Musées à l’ouest – , enfin, de nouvelles liaisons avec le Pergamon Museum et l’Altes Museum, et la rénovation de constructions existantes.

Les difficultés principales venaient de la nécessité de respecter le décor original de mosaïques et de fresques bien conservées, du bâtiment originel, construit de 1841 à 1859, par August Stueler, élève de Schinckel, tout en créant un musée capable d’accueillir un nombre considérable de visiteurs. On souhaitait aussi que le nouveau musée soit un monument à l’histoire troublée du bâtiment. Les projets présentés au concours devaient créer un lien avec l’histoire et les traditions de l’Île des Musées. Autre difficulté : comment édifier une aile nouvelle dans une zone encombrée de bâtiments ? En outre, sans que cela soit stipulé par le cahier des charges, le projet devait prévoir une réorganisation de l’itinéraire de visite des collections archéologiques réparties entre trois musées : le Pergamon, l’Altes et le Neues Museum.

Le projet de Giorgio Grassi
Grassi a proposé une solution qui va au-delà du programme, en suggérant d’importantes modifications au plan de masse de l’ensemble de l’Île des Musées. Jusqu’en 1938, le Neues Museum était flanqué, du côté du Kupfergraben, de longs bâtiments étroits destinés, du temps de Schinkel, à accueillir des objets d’art entreposés temporairement et étudiés avant d’être intégrés aux collections. Ces bâtiments furent détruits peu avant la guerre. Le bâtiment de Grassi, long parallélépipède de deux étages, rappelle l’œuvre de Schinkel : forme et dimensions similaires, utilisation de briques de parement, absence d’éléments décoratifs et de fenêtres du côté ouest, remplacés par de petites ouvertures qui rappellent celles des dépôts. Un large corps central reliant la nouvelle construction au bâtiment principal du Neues Museum, accueillera le grand temple égyptien. Du côté de la Bode Strasse, l’entrée de cette aile doit être le point de départ d’un itinéraire abrégé comportant ce qui intéresse le grand public : collections du Moyen-Orient (Syrie et Perse), sculptures grecques et romaines, autel de Pergame, porte monumentale de Milet et buste de la reine Néfertiti.

L’entrée pour le Pergamon Museum
Les plans de Grassi prévoient un nouvel accès au Pergamon Museum. Il se débarrasserait du pont qui franchit le Kupfergraben et permet d’accéder à l’avant-cour du musée, déplacer à l’entrée vers la face est du musée, qui donne sur un jardin entouré d’une colonnade, et transformant l’Ehrenhof en jardin. Ce secteur serait bordé de boutiques, d’une cafétéria et autres lieux d’accueil.

La liaison avec l’Altes Museum
Grassi prévoit une liaison souterraine avec l’Altes Museum. On ne cherchera pas à rétablir le passage surélevé conçu par Stueler, que l’architecte milanais considère comme "un attentat gratuit contre l’intégrité de l’Altes Museum. Une conception aussi simple que celle de Schinkel ne tolère aucun ajout". La partie du Neues Museum qui doit accueillir des antiquités égyptiennes et les collections de préhistoire et de protohistoire, sera restaurée d’après les plans originaux, mais les briques de parement des murs intérieurs ne recevront aucune décoration, afin de porter témoignage des dégâts subis par le bâtiment. Certaines des grandes fresques de scènes mythologiques en rapport avec les objets exposés seront restaurées.

Le jury a décrit en ces termes le projet de Grassi : "Une solution remarquable en ce qui concerne le plan de masse, l’architecture, et le respect de l’héritage culturel existant."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : L’Île des Musées

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