Vendredi 20 septembre 2019

L’hôtel-Dieu de Château-Thierry quitte l’hôpital

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 25 mars 2014 - 799 mots

Racheté par la Communauté de communes, le Musée du trésor de l’hôtel-Dieu envisage l’avenir plus sereinement.

CHATEAU-THIERRY - « L’hôpital et l’hôtel-Dieu se devaient d’évoluer séparément », explique Alexandre Fritsch, directeur du Centre hospitalier et propriétaire de l’hôtel-Dieu de Château-Thierry (Aisne). Ce dernier s’apprête aujourd’hui à être racheté par la Communauté de communes de la Région de Château-Thierry (CCRCT). Début 2013, les élus de la CCRCT ont voté à l’unanimité la transaction, fruit d’une négociation de plusieurs mois entre l’hôpital, les collectivités publiques et les associations patrimoniales. « Un lieu exceptionnel », tous s’accordent sur ce point. Fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, l’hôtel-Dieu a abrité une communauté de religieuses cloîtrées placées sous la règle de saint Augustin. Conservant les caves voûtées comme seuls témoignages du XIVe siècle, l’édifice est rebâti sous le règne de Louis XIV par la famille Stoppa, bienfaiteurs, qui dotent le trésor de l’hôtel-Dieu d’un grand nombre de peintures, mobilier, pièces d’orfèvrerie… En 1870, tandis que des médecins laïcs ont pris le contrôle de l’hôpital, la partie hospitalière de l’édifice est rebâtie. Ce n’est qu’en 1973 qu’est redécouvert par Micheline Rapine, directrice adjointe du service économique de l’hopital, le trésor, caché depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tandis que le service hospitalier déménage en 1983 loin du centre-ville où est situé l’hôtel-Dieu, Micheline Rapine fait inventorier et restaurer les collections grâce à l’association Arts et histoire de Château-Thierry qu’elle fonde en 2008. En 2010, le Musée du trésor de l’hôtel-Dieu, inscrit monument historique dans sa partie XVIIe siècle et pour sa façade et toiture dans sa partie XIXe, ouvre au public avec un parcours de dix-huit salles – de la chapelle baroque au réfectoire – qui exposent  plus de 1300 œuvres et objets, dont douze classés monuments historiques.

Une entretien ruineux
C’est là le résultat d’une convention tripartite de cinq ans signée par l’hôpital, propriétaire des locaux et des collections, l’association Arts et histoire de Château-Thierry, chargée de l’animation et de la conservation du musée, et la CCRCT qui assure les deux tiers de son financement. Une convention qui entraîne 40 000 euros de charges annuelles à débourser, « soit le coût d’une infirmière » et qu’Alexandre Fritsch, arrivé à la direction en 2011, assure qu’il « n’aurait jamais signée [s’il avait été] en poste en 2010 ». En septembre 2013, pour éponger une dette cumulée de 10 millions d’euros, entraînée notamment par une restructuration de l’hôpital qui n’a jamais vue le jour, il annonce la vente des propriétés du centre hospitalier non allouées aux soins, dont l’hôtel-Dieu. Transfert de propriété gratuit, bail emphytéotique au loyer symbolique ou de 24 000 euros par mois… Durant six mois, les négociations font rage entre l’hôpital, les collectivités territoriales et le Front de défense de l’hôtel-Dieu sous le regard des ministères de la Santé et de la Culture.

C’est finalement l’achat du bâtiment à son prix d’estimation par France Domaine qui est voté le 5 mars par les élus de la CCRCT : 700 000 euros pour l’hôtel-Dieu, et près de 300 000 euros pour le pôle santé qui le jouxte. Ce dernier qui accueille des personnes souffrant d’addictions sera relogé en centre-ville par l’hôpital et devrait accueillir la billetterie et la boutique du musée. « L’achat était la solution pour faire sortir complètement l’hôtel-dieu du giron de l’hôpital. La Communauté de communes a obtenu un emprunt à long terme, l’hôpital touche tout de suite l’argent frais dont il a besoin, tout le monde est satisfait », commente Michèle Fuselier, directrice de la CCRCT. La Communauté de communes se voit transférer la propriété des collections – inaliénables car relevant du domaine mobilier public d’intérêt culturel – tandis que le Centre hospitalier touchera 2,7 millions d’euros de la part de l’Agence régionale santé de Picardie pour un retour à l’équilibre.

Le label Musée de France enfin en ligne de mire
L’hôtel-Dieu entre ainsi dans une nouvelle ère. Son nouveau propriétaire demandera l’appellation Musée de France dès que la cession juridique aura eu lieu. Une distinction que l’hôpital avait jusque-là toujours refusé de solliciter pour ne pas supporter de travaux sur le bâti. Elle rendra le musée éligible au soutien financier de l’État et ménagera des dispositions fiscales pour ses mécènes. Car les dépenses s’annoncent conséquentes : reprises des sols, travaux sur la toiture, aménagement de deux étages vides et délabrés… Sans compter que l’appellation Musée de France va nécessiter pour ce musée – qui n’emploie que deux salariés et des bénévoles – de se doter d’un conservateur du patrimoine ou un attaché de conservation. Les discussions pour mutualiser les moyens avec le Musée municipal Jean de la Fontaine, à quelques rues de là, sont en cours. L’hôtel-Dieu, ouvert deux ou trois jours par semaines sur seules visites guidées, pourrait bien être plus largement accessible dans le futur.

Légende photo

Chapelle de l'Hôtel-Dieu, datant de la fin du XVIIe siècle, Château-Thierry. © Musée du trésor de l'Hôtel-Dieu, Château-Thierry.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°410 du 28 mars 2014, avec le titre suivant : L’hôtel-Dieu de Château-Thierry quitte l’hôpital

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