Les Turinois divisés

Le Musée de l’Égypte s’installera-t-il au château de Venaria ?

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 1999

« Pour le Musée de l’Égypte, c’est moi qui décide », a déclaré le 13 septembre la ministre italienne de la Culture, Giovanna Melandri, qui fera part de sa décision avant le 31 mars prochain. Le projet de transfert du musée hors de Turin est très discuté, tant au niveau de la municipalité que de la Région du Piémont.

TURIN - Le 13 septembre, Giovanna Melandri recevait à Rome une délégation turinoise, à propos de l’avenir de Venaria Reale, l’ancienne demeure de chasse de la Maison de Savoie, située à quelques kilomètres au nord de Turin, et principalement de l’éventuel transfert du Musée de l’Égypte dans ce fastueux palais royal des XVIe et XVIIe siècles (lire le JdA n° 49, 5 décembre 1997). Seconde collection au monde après celle du Caire, le musée est actuellement hébergé au cœur de la ville, dans le palais de l’Académie des Sciences construit par Guarino Guarini. La ministre a annoncé qu’elle communiquerait sa décision sur le déménagement du Musée de l’Égypte avant le 31 mars 2000. En attendant, les travaux de restauration de Venaria devront être achevés d’ici la fin de 2001, pour ne pas perdre les financements de la Communauté européenne qui participe à l’entreprise avec l’État italien et la Région du Piémont. Le total du financement public se monte à 410 milliards de lires (1,350 milliard de francs).

“Pour le Musée de l’Égypte, c’est moi qui décide”, a déclaré Giovanna Melandri, en précisant que “Venaria est la solution la plus adéquate”. Elle ne compte pas beaucoup de partisans à Turin, mais les tenants du pour et du contre occupent des postes importants. Le chef de file des enthousiastes est le président du Conseil régional, Enzo Ghigo : “Je ne pense pas me tromper en disant que, jusqu’à aujourd’hui, la seule proposition vraiment adaptée à Venaria est le transfert du Musée de l’Égypte”.

Le maire, Valentino Castellani, est le premier Turinois à être résolument opposé au transfert du musée à Venaria. “Le problème de l’utilisation du Palais royal est des plus sérieux, a-t-il déclaré. Il est vrai que nous avons peu de temps pour le résoudre, mais essayons de ne pas faire n’importe quoi, avec l’expédient d’un déménagement. On peut et l’on doit réinventer le Musée de l’Égypte, mais hors de Venaria”. Daniele Jallà, directeur des Musées municipaux, est lui aussi partisan d’un pôle muséal en centre ville : “Dépouiller le centre et ses musées risque de porter préjudice aux deux”. Il rappelle la solution proposée par Federico Zeri – le déménagement de la Galerie Sabauda, installée à un étage supérieur du palais de l’Académie des Sciences, afin de donner de l’espace au Musée de l’Égypte – et appuie le projet de transformer Venaria en musée des Arts décoratifs.

Au Conseil régional, Agostino Ghiglia déclare que “le musée doit rester à Turin” et propose un référendum auprès des citadins. Giovanni Bergamini, l’un des quatre égyptologues qui dirigent le musée sous l’autorité de la surintendante Anna Maria Donandoni, défend lui aussi le “contexte du centre historique de la ville, où il est possible avec un seul billet de visiter tous les musées”.

Tiendra-t-on compte de l’avis de Vivian Davis, directeur du département des Antiquités égyptiennes au British Museum, qui partage les préoccupations des autres égyptologues quant “aux immenses dommages causés aux papyrus et aux peintures murales” et explique que la “tendance” actuelle est d’ouvrir les musées au cœur des villes” ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°92 du 5 novembre 1999, avec le titre suivant : Les Turinois divisés

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