Lundi 16 septembre 2019

Réouverture

Les trésors du Musée d’Israël

Après trois ans de travaux, l’institution située sur une colline de Jérusalem rouvre ses portes sur un parcours entièrement repensé.

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 7 septembre 2010 - 781 mots

Après trois ans de fermeture pour rénovation, le Musée d’Israël, à Jérusalem, a rouvert ses portes le 25 juillet avec un parcours « universel » entièrement repensé. Artisan de cette réorganisation, l’Américain James S. Snyder, qui dirige le musée depuis 1996, en explique les grands principes.

JÉRUSALEM - Il se déploie sur une colline que l’on gravit sous le soleil, pour finalement découvrir un ensemble de pavillons qui abritent les salles d’exposition, et ces dernières referment des trésors ! Non, nous ne sommes pas au Getty Center à Los Angeles, mais au Musée d’Israël à Jérusalem. C’est dans un cadre exceptionnel qu’Al Mansfeld construisit ce musée dans les années 1960. L’architecte,  installé dès 1935 en Palestine, gagna le concours avec un projet s’inscrivant dans la tradition du modernisme international. L’ensemble fut inauguré le 11 mai 1965. Trois semaines auparavant avait été ouverte, sur le même site, l’étrange soucoupe blanche due aux architectes américains Armand P. Bartos et Frederick J. Kiesler construite pour présenter au public les manuscrits de la mer Morte découverts à Qumrân en 1947. Les visiteurs ne peuvent aujourd’hui y contempler que les fac-similés de ces précieux parchemins et fragments de papyrus.

Au fil des années, le Musée d’Israël a vu sa collection considérablement augmenter, pour atteindre le nombre de 500 000 numéros. Au gré des dons, l’institution s’était agrandie sans grande logique. Arrivé à la tête du musée en 1996, l’Américain James S. Snyder a décidé de réorganiser les espaces pour offrir aux visiteurs un parcours cohérent. Cette volonté tombait d’autant plus sous le sens pour ce musée à vocation universelle, dont les collections débutent avec l’Antiquité pour s’achever avec l’art le plus contemporain. Rétif aux grands gestes architecturaux, le directeur n’a pas souhaité faire appel à l’une des stars internationales que l’on retrouve de Chicago à Rome ou Abou Dhabi. Son vœu a été exaucé tant les constructions nouvelles s’insèrent parfaitement dans le préexistant. L’Américain James Carpenter a conçu deux discrets pavillons d’accueil, mais aussi le hall d’entrée du musée, des extensions aux salles d’exposition, et un passage souterrain qui permet d’accéder aux collections sans gravir la colline par forte chaleur. 

Les objets, sans vitrine !
Après trois ans de travaux, le nouveau musée a été inauguré le 25 juillet. Désormais, avant de pénétrer dans le hall, le visiteur découvre son image dans une pièce-miroir due à Anish Kapoor, l’une des deux œuvres commandées pour cette réouverture, l’autre étant un dégradé arc-en-ciel d’Olafur Eliasson. Les premières salles sont consacrées à l’importante collection archéologique de l’institution. À un accrochage pour spécialiste a été substituée une présentation très didactique. Bien moins de pièces sont présentées, mais chacune est amplement expliquée. Comme le souligne Hagit Maoz Lin, assistante à la conservatrice en chef de l’archéologie, « il s’agit aujourd’hui de raconter une histoire ». Et cette dernière est particulièrement riche, puisque le parcours fait la part belle aux découvertes réalisées en Terre sainte, à l’image d’un buste de l’empereur romain Hadrien mis au jour à Beït-Shéan (Scythopolis). Remarquable également, la section « Judaïca » intègre les reconstructions de quatre synagogues, dont une provenant du Surinam (Amérique du Sud), exceptionnelle avec son sol de sable fin…

Plus inattendu, l’institution réunit un bel ensemble de pièces asiatiques, africaines et… des Indiens d’Amérique. Les conservateurs ont même décidé de supprimer les vitrines de certains objets précolombiens pour que les visiteurs puissent appréhender au mieux les objets ! Plus décevantes en revanche, les salles réunissant l’art israélien manquent de force, notamment quand on les compare à l’art moderne présenté non loin. Là, après les Picasso ou les fauves, la salle réservée au cabinet de curiosités de Jacques Lipchitz, se déploie la collection Arturo Schwarz avec les ready-made de Duchamp, les assemblages de Man Ray… Tout aussi exceptionnelle, la collection de photographies donnée sous réserve d’usufruit par Noël et Harriette Levine. Même si les cadres détonent, les images explosent : Le Gray, Nadar, Steichen…

Prospective, la section consacrée à l’art contemporain s’inspire des Kunsthallen. Ici, les artistes français sont très bien représentés, grâce notamment aux Amis français du musée présidés par le collectionneur Philippe Cohen : des Didier Marcel ou Xavier Veilhan côtoient un Céleste Boursier-Mougenot donné par… les Amis américains ! Cet ensemble s’enrichit de trente à quarante œuvres par an, notamment grâce à un fonds de dotation alimenté par la vente d’un Basquiat il y a quelques années pour 13,6 millions de dollars. Enfin, la collection d’art contemporain se déploie aussi à l’extérieur, dans le jardin conçu par Isamu Noguchi. Weiner, Turrell ou Serra viennent ici parachever ce dialogue unique entre l’art et le site.

MUSÉE D’ISRAËL, Ruppin Boulevard, Jérusalem, Israël, tél. 972 2 670 8811, tlj 10h-17h, mardi 16h-21h, vendredi 10h-14h, www.english.imjnet.org.il 

MUSÉE D’ISRAËL

Architecte : James Carpenter
 Budget : 100 millions de dollars
Surface des constructions nouvelles : 7 800 mètres carrés
Surface des espaces d’exposition agrandis ou rénovés : 19 000 mètres carrés

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°330 du 10 septembre 2010, avec le titre suivant : Les trésors du Musée d’Israël

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