Dimanche 22 juillet 2018

Musée

Les musées britanniques jouent une demi transparence sur leurs salaires hommes/femmes

Par Tristan de Bourbon (correspondant à Londres) · lejournaldesarts.fr

Le 15 avril 2018 - 486 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

Des statistiques sur les salaires hommes / femmes dans les entreprises, dont les musées, ont été mises en ligne au Royaume-Uni. 

Le Turbine hall de la Tate Modern à Londres, 2017
Le Turbine hall de la Tate Modern à Londres, 2017

« Nous sommes le seul pays au monde à imposer la diffusion publique de données aussi vastes sur les différences de salaires entre les hommes et les femmes. » Anna Fairclough est enthousiaste. Cette avocate a conseillé le Bureau gouvernemental à l’égalité afin d’obliger les entreprises publiques et privées de plus de 250 salariés, installées au Royaume-Uni à publier des statistiques sur les salaires des  hommes et femmes. « C’est un pas important pour pouvoir identifier ces différences et les moteurs de cette inégalité, et être certain qu’ils demeurent parmi les priorités des gens. »

Avant  jeudi 5 avril, les quelques 10 000 entreprises concernées, parmi lesquelles les grands musées nationaux, devaient publier plusieurs informations : le bonus et le salaire moyen et médian des femmes par rapport aux hommes, ainsi que leur proportion dans chaque strate salariale de l’entreprise. Les chiffres demandés par les autorités ne comparent pas les salaires poste pour poste et n’apportent donc pas une vision précise des écarts salariaux. 

Elles sont également compliquées à analyser. Ainsi lorsque la part des femmes est plus importante dans les strates les mieux rémunérées de l’entreprise que dans les moins bien rémunérées, leur salaire moyen et médian peut être supérieur à celui des hommes. Cela ne signifie pourtant pas, là encore, qu’elles sont individuellement mieux rémunérées que les hommes. C’est le cas par exemple à la Tate Gallery, où le salaire horaire moyen et médian des femmes sont supérieurs de respectivement 0,2 % et 2,4 % à ceux des hommes. 


De son côté, le Victoria and Albert Museum affiche des salaires horaires moyens et médians inférieurs pour les femmes (5,3 % et 7,2 %). Ces chiffres s’expliquent principalement par le fait que la proportion d’employés femmes est plus importante dans les deux quartiles les moins rémunérés et par la présence de plus d’hommes au sommet de sa hiérarchie.

Le musée le reconnaît d’ailleurs dans son rapport, spécialement rédigé pour cette publication. Ses rédacteurs indiquent ainsi que les seuls salaires du directeur et de son adjoint, deux hommes, influent très fortement sur la moyenne des salaires masculins. 

La première édition de ces statistiques met donc surtout en évidence la surreprésentation des hommes au sommet de la hiérarchie des entreprises et  des institutions artistiques. Ce n’est pas un hasard si parmi les grands musées  nationaux le V&A, le British Museum, la Royal Academy of Arts, la National Gallery et la National Portrait Gallery sont dirigés par un homme et que seule la Tate soit dirigée par une femme

Preuve que mettre des données chiffrées et concrètes sur cette réalité peut permettre de faire évoluer la situation, la direction du V&A admet « regarder comment attirer des femmes dans les positions mieux rémunérées dominées par les hommes », tout en refusant de recourir à la discrimination positive. 
 

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