Lundi 10 décembre 2018

Les hauts et les bas de Lascaux IV

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 16 janvier 2017 - 747 mots

Inauguré en décembre dernier, le Centre international de l’art pariétal, en Dordogne, voit les choses en grand… avec plus ou moins de bonheur.

Attention, ceci  n’est  pas  un  fac-similé !  Enfin,  pas  seulement.  Lascaux  IV, pompeusement baptisé Centre international de l’art pariétal, a en effet l’ambition de devenir le lieu de référence pour la connaissance des grottes ornées et un pôle touristique majeur. Pour concilier ces deux objectifs, les concepteurs et les porteurs du projet ont vu les choses en grand. Rien à redire sur l’architecture : les   Norvégiens  de  l’agence  Snøhetta  ont  dessiné  un  superbe  édifice,  un bâtiment-paysage  long  de   150 m  qui  se  fond  dans  la  colline   telle   une  faille géologique. Une fois franchi le seuil de cette machine à remonter le temps, première surprise : on ne pénètre pas dans une caverne, mais on s’élève grâce à un ascenseur panoramique qui conduit jusqu’au toit-terrasse.

Depuis ce belvédère qui domine la vallée de la Vézère, on chemine ensuite jusqu’à l’Abri, un espace imaginé pour rendre le public plus réceptif à la visite de la réplique. Un film y évoque l’environnement et la faune de la région il y a 20 000  ans  pour  dépeindre  l’univers  dans  lequel  évoluaient  les  artistes  du magdalénien. Cette vision convaincante d’une steppe peuplée d’animaux féroces est brutalement interrompue par un bond dans le temps. Nous voici propulsés en 1940 sur les pas de quatre adolescents, les inventeurs de Lascaux. Leur progression à travers l’écran  invite  à quitter la pièce et à poursuivre le chemin jusqu’à  un  sas,  avec  comme  bande-son  la  voix  des  explorateurs  et  les aboiements de leur chien. Un interlude franchement kitsch pour se mettre dans l’ambiance et qui surjoue inutilement la reconstitution factice du contexte de la découverte.

Un couloir qui rompt le charme
Le public stationne ensuite quelques instants dans une salle sombre pour s’acclimater à l’atmosphère du fac-similé. Et quand les portes s’ouvrent, c’est le choc. La qualité de la réplique est absolument bluffante et sa mise en scène particulièrement réussie. Faible luminosité rappelant les lampes à graisse de l’époque, légère humidité et sons assourdis : tous les ingrédients sont réunis pour que l’illusion opère. Les troupeaux de taureaux, la frise des cerfs sans oublier les puissants chevaux, le bestiaire mythique de la grotte a été reproduit au pixel près avec une précision stupéfiante. L’espace d’un instant, on oublie même la supercherie… pour être, hélas, abruptement sorti de l’émerveillement à mi-chemin. Car les deux parties de la copie sont maladroitement connectées par un couloir ingrat qui rompt le charme.

Après  avoir  arpenté  presque  religieusement  la  « Sixtine  de  la   préhistoire », l’immersion se poursuit. Si la réplique est placée sous le signe de la contemplation  et  de  l’émotion,  le  reste  du  centre  est  sous  le  sceau  de l’explication et de la contextualisation. L’espace suivant, l’Atelier, offre ainsi une remarquable illustration de la plus-value qu’apporte le numérique lorsqu’il est utilisé à bon escient. Muni de son compagnon de visite, le public peut y décrypter plusieurs parois clés reconstituées à l’échelle. Il peut les observer au plus près et notamment admirer les gravures presque illisibles dans le fac-similé qui reprennent vie ici, grâce au recours à la lumière noire. L’Atelier, qui recèle une mine d’informations sur Lascaux, son histoire et ses techniques, constitue une étape incontournable. C’est, par ailleurs, le seul endroit où l’on peut voir la célèbre  « scène  du  puits » qui n’a pas été recréée dans le fac-similé, qui n’est donc pas intégral comme cela a beaucoup été répété à tort. Cette représentation est pourtant iconique puisqu’il s’agit de la seule figure humaine dans toute la grotte. Précieux outil pédagogique, l’Atelier contraste fortement avec les autres propositions de médiation du site.

En dehors de la Galerie de l’imaginaire, intéressante mais un brin gadget, les autres espaces immersifs déçoivent clairement. Ainsi, le cinéma 3D censé replacer Lascaux parmi les autres grottes ornées se résume  in fine à une projection d’images d’autres sites avec moult effets de manche. On n’y apprend pas grand-chose et on frôle la migraine et l’agacement  à  cause  du  ton  lénifiant  et  mystique  du  commentaire.  On  a davantage la sensation d’être dans un parc d’attraction que dans un centre d’interprétation scientifique. Sensation encore renforcée dans le Théâtre où, si l’idée de départ est bonne – raconter l’historiographie de l’art pariétal et l’évolution de cette discipline –, le résultat est raté. Difficile de ne pas ricaner face à cette succession de saynètes qui oscille entre le docu-fiction  bâclé et la série télé Les  Experts.

« Lascaux IV »

Centre international de l’art pariétal, Montignac (24). Ouvert tous les jours de 9 h à 19 h. Visite par groupe de 32 visiteurs maximum. Tarifs : 10,40 et 16 €. www.projet-lascaux.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°698 du 1 février 2017, avec le titre suivant : Les hauts et les bas de Lascaux IV

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