Dimanche 27 septembre 2020

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Les conservateurs sur la touche

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2016 - 812 mots

Dans la course au premier poste, les conservateurs territoriaux sont confrontés aux attachés de conservation sur un marché de l’emploi déjà embouteillé.

Alors que neuf élèves conservateurs territoriaux commencent en janvier leur formation (rémunérée) à l’Institut national du patrimoine (INP), plusieurs conservateurs des promotions précédentes – qui ont dû affronter le marché du travail et répondre aux offres d’emplois statutaires après obtention de leur diplôme – n’ont pas encore trouvé de poste de conservateur territorial. Ils sont aujourd’hui cinq diplômés à risquer de perdre le bénéfice de leur concours (dont la validité court  trois ans après la sortie de l’INP) en juin 2016 et quatre en juin 2017.

« La difficulté de ces recrutements a des causes multiples qui dépendent autant des postulants que des recruteurs », commente Éric Blanchegorge, président de l’association générale des conservateurs des collections publiques de France (AGCCPF). « Certains conservateurs territoriaux sont peu mobiles ce qui les contraint à choisir d’autres fonctions que celle de conservateurs, d’autres se réservent pour un poste en lien avec leurs domaines de spécialité, ce qui peut ralentir le recrutement », explique-t-il. « On observe en outre une inadéquation entre le nombre de postes ouverts au concours et le nombre de places sur le marché du travail », déplore-t-il. C’est le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) qui détermine chaque année le nombre de places de conservateurs territoriaux ouverts au concours. « On se base sur les chiffres connus de départ à la retraite des conservateurs et sur le nombre de conservateurs ayant achevé la formation de l’INP et qui sont encore en recherche de postes », explique Francine Levannier, directrice des concours et de la mobilité des cadres de direction de la CNFPT, reconnaissant que chaque départ à la retraite d’un conservateur ne donne pas nécessairement lieu à la création d’un nouveau poste de conservateur. Certaines collectivités rechignent en effet à engager des conservateurs du patrimoine. On observe une tendance à recruter des contractuels sur des postes où les statutaires ont la priorité, comme l’a montré Le Journal des Arts (lire JdA n° 391, 10 mai 2013). Mais ce sont surtout les attachés territoriaux de conservation du patrimoine qui font concurrence aux conservateurs. Comme leurs confrères de l’INP, ces statutaires (dont le cadre d’emploi a été créé en 1991) sont habilités par la loi à « la constitution, l’organisation, la conservation, l’enrichissement, l’évaluation et l’exploitation du patrimoine d’une collectivité » et à occuper des postes de direction, notamment dans les musées de France.

Entre 2008 et 2013, l’étude sur le recrutement des conservateurs territoriaux du patrimoine (commanditée par la Direction des patrimoines et parue en 2014) révèle que la part des conservateurs en poste a décru, tandis que celle des attachés de conservation a augmenté. Pour les collectivités, le recrutement d’un attaché (qui peut être promu conservateur au terme de son avancée de carrière) peut être jugé plus intéressant en termes budgétaires, leur rémunération étant moins importante et leur progression plus lente que celle d’un conservateur. La catégorie A à à laquelle ils appartiennent (et non A comme celle des conservateurs) peut en outre leur donner moins de légitimité pour défendre leurs propres points de vue, qui pourraient potentiellement diverger de ceux de leur tutelle. Si chacun reconnaît les compétences scientifiques et professionnelles des attachés de conservation dotés de profils, de valeurs et d’un niveau de diplôme souvent très proches de ceux de leurs confrères de l’INP, le corps des conservateurs pointe du doigt le fait que les attachés n’ont pas reçu de véritable formation d’application après l’obtention de leur concours. Celle des conservateurs dure dix-huit mois et comprend des enseignements théoriques (en conservation-restauration, en droit et économie du patrimoine, en gestion publique…), des séminaires pratiques et des stages. Celle des attachés dure une semaine et est commune à plusieurs corps de la fonction publique territoriale. Une formation plus longue a existé par le passé mais a été supprimée. « Elle survenait après le recrutement et durait plusieurs mois ce qui n’était guère arrangeant pour les recruteurs », explique Éric Blanchegorge.

Les attachés de conservation à la peine
Placés en concurrence directe avec les conservateurs, les attachés de conservation rencontrent aussi de grandes difficultés à trouver un premier poste. Ils auraient été environ 300 à obtenir en 2013 le concours organisé par les centres de gestion de la FTP tous les trois ans, et nombreux sont ceux à se préparer à allonger la liste des « reçus-collés ». C’est que souvent les collectivités reprochent aux attachés, comme aux nouveaux conservateurs un « déficit réel ou supposé de compétences managériales ou d’expérience professionnelle », comme l’écrit l’étude de 2014. Voila un mal commun aux deux corps de métier, tout comme la difficulté de « se vendre » lors des entretiens d’embauche. Mais si les conservateurs peuvent bénéficier du suivi de l’INP et du CNFPT, les attachés sont livrés à eux-mêmes.

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La Galerie Colbert, à Paris, siège de l'Institut national du Patrimoine. © Inp.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Les conservateurs sur la touche

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