Vendredi 15 février 2019

Les 75 ans de la Phillips Collection

Des institutions d’une autre époque

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1996 - 547 mots

Présentée lors de son ouverture comme le \"premier musée d’art moderne d’Amérique\", la Phillips Collection commémore ses soixante-quinze ans avec une exposition intitulée \"Les impressionnistes et la Seine\". Mais ce type de musée \"de collectionneur\", créé à partir d’une collection unique, n’appartient-il pas à une espèce en voie d’extinction ?

WASHINGTON. En 1923, Duncan Phillips débourse la somme extravagante de 125 000 dollars pour acquérir la grande toile de Renoir, Le déjeuner des canotiers, sans doute la plus célèbre des deux mille œuvres que possède la Phillips Collection. Pour commémorer les soixante-quinze ans de l’institution, le fameux Renoir est aujourd’hui placé au centre de l’exposition "Les impressionnistes et la Seine". Jusqu’au 9 février, une soixantaine de tableaux évoquent les loisirs en vogue entre 1860 et 1890 chez les Parisiens issus des couches moyennes et populaires, tels que les ont dépeints les impressionnistes.

Musée privé fondé par le collectionneur Duncan Phillips (1886-1966), héritier d’une famille originaire de Pittsburgh qui avait fortune dans la sidérurgie, la Phillips Memorial Art Gallery a ouvert ses portes au public en 1921, à la mémoire de plusieurs membres de la famille victimes d’une récente épidémie de grippe espagnole. La majeure partie des œuvres sont toujours conservées dans la résidence qu’occupait alors la famille dans la capitale américaine, bien qu’une annexe ait été ajoutée depuis. Sous la direction de Duncan Phillips, la collection s’est enrichie de nombreux tableaux de Bonnard, Braque, Klee, Cézanne et Daumier, ainsi que de peintres américains modernes. Jusqu’en 1992, un membre de la famille présidait aux destinées du musée.

Figures d’exception
Outre le fait que Duncan Phillips et le Dr Barnes aient tous deux publié des ouvrages portant sur l’esthétique et l’art en général, leurs collections sont d’esprit assez proche, même si les conditions d’exposition sont infiniment moins contraignantes à Wa­shington qu’à la Fondation de Merion. Mais Phillips – à la différence du richissime docteur – n’ayant laissé aucune dotation, la survie de son musée est tributaire du mécénat d’entreprise et des donations. Ainsi, le financement de l’exposition commémorative a été assuré par les automobiles Ford. Grâce à ce type de soutien et au prestige dont elle jouit à Washington, la Phillips Collection peut se targuer d’aller mieux que d’autres musées créés par de riches collectionneurs.

Par exemple, le Shelburne Museum – fondé par la famille Havemeyer – qui se sépare dès ce mois-ci chez So­theby’s New York d’un certain nom­bre de pièces (lire le JdA n° 27, jui­llet-août 1996). Ses responsables ont qualifié ces ventes de "tentative désespérée" pour constituer une dotation. Au début des années quatre-vingt, la Phillips Collection s’était elle-même dessaisie d’une peinture – un Braque – mais Charles Mof­fett, l’actuel directeur, assure que ce type de vente (deaccessioning) est désormais hors de question.

Les prix élevés qu’atteignent de nos jours les œuvres d’art rendent également plus difficile la constitution de collections représentatives. De plus, depuis la Seconde Guerre mondiale, le fonctionnement des musées a pris un tour si professionnel que collectionneurs et donateurs y jouent rarement un rôle. Enfin, les frais d’administration des musées ont augmenté dans des proportions telles que certains collectionneurs – Walter Annenberg, par exemple – ont renoncé à créer leur propre musée. Des institutions comme la Menil Collection à Houston (Texas) et le Norton Simon Mu­seum à Pasadena (Californie) font désormais figure d’exceptions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°30 du 1 novembre 1996, avec le titre suivant : Les 75 ans de la Phillips Collection

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