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LE V&A de Dundee ouvre ses portes

Par Tristan de Bourbon (correspondant à Londres) · Le Journal des Arts

Le 20 septembre 2018 - 1080 mots

DUNDEE / ÉCOSSE

Près de huit ans après le choix de l’architecte, le premier musée britannique de design ouvert en dehors de Londres a accueilli ses premiers visiteurs.

Le V&A à Dundee en Ecosse
Le V&A à Dundee en Ecosse
Photo Hufton Crow
© V&A Dundee

Le V&A Dundee a ouvert ses portes au public le 15 septembre. L’attente était grande pour ce projet grandiose, premier musée britannique consacré au design en dehors de Londres. Grandiose par l’aspect du bâtiment, conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma (lire l’encadré), et par son coût, qui, depuis sa sélection à l’unanimité en 2010, a bondi de 45 à 80,1 millions de livres sterling (50 à 89,7 M€)). L’augmentation de 44 % du budget a entraîné un retard important, engendré par la difficulté à boucler son financement : le musée devait initialement ouvrir ses portes en 2014.

La Oak Room de Charles Rennie Mackintosh’s - V&A Dundee
La Oak Room de Charles Rennie Mackintosh’s a été restaurée grâce à un partenariat entre le V&A Dundee, les musées de Glasgow et la ville de Dundee
Photo Hufton Crow
© V&A Dundee

Le V&A Dundee a vu le jour à la suite de la volonté du V&A, le Victoria and Albert Museum basé dans le quartier londonien de South Kensington, de se développer hors de la capitale britannique. Après plusieurs tentatives avortées à Bradford, Blackpool et Sheffield, « la volonté de la Ville de Dundee de travailler avec nous, avec le soutien fort de l’université, nous a poussés à nous plonger dans ce projet pour poursuivre notre mission de transmission de connaissances sur le design », a expliqué le directeur du V&A, Tristram Hunt, en poste depuis février 2017.

La force de la marque

Malgré son nom, le musée n’est pas détenu par le V&A. « Ce n’est pas notre filiale, indique Tristram Hunt. Nous apportons la force de la marque “V&A”, nos conseils en termes d’orientation, nos objets écossais pour la collection permanente et nous y enverrons certaines de nos expositions londoniennes. Nous ne disposons néanmoins que de 20 % des parts de Dundee Design Limited, la société propriétaire. Son directeur, Philip Long, rend donc des comptes à Dundee Design Limited, pas à nous. »

Le financement a été apporté par le gouvernement écossais 42,11 millions de livres (47,1 M€), le gouvernement britannique 17,5 millions (19,3 M€) dont une partie par la Loterie nationale, la Ville de Dundee 11 millions (12,2 M€), tandis qu’une levée de fonds auprès du public et d’entreprises locales a rapporté 10 millions (11,1 M€).

Le musée annonce un budget d’exploitation prévisionnel annuel de 4,3 millions de livres (4,8 M€), découpés en trois tranches : 39 % de financements publics par le gouvernement écossais et les autorités locales ; 33 % de financements et dons privés ; et 28 % de revenus commerciaux (billets, recettes de la boutique et du restaurant, etc.). L’accès au musée et à sa collection permanente est gratuit tandis que le prix des billets pour l’exposition temporaire est de 10 livres (11 €) pour les adultes. « Nous estimons que 500 000 personnes visiteront le musée la première année, 350 000 les années suivantes et que l’exposition inaugurale “Ocean Liners” (« Paquebots ») attirera 50 000 visiteurs», avance Philip Long. Un vrai pari puisqu’il compte sur la venue de touristes anglais et étrangers à Dundee, quatrième ville d’Écosse, quasiment inconnue dans le monde à ce jour.

Place aux expositions

Le V&A a une fois de plus réussi la scénographie de l’exposition. Au fil des salles, les bruits des sites de construction des paquebots, le son sourd de leurs moteurs, la musique et les discussions étouffées venant des quartiers réservés aux passagers rythment la déambulation. Chacun y trouvera son intérêt : les maquettes du Normandie et du Queen Mary, un panneau de bois de l’intérieur de la première classe du Titanic prêté pour la première fois en Europe, un autre gigantesque du Normandie, ainsi que l’évolution de la vaisselle, du mobilier des navires et des vêtements des passagers au fil des décennies. Cet espace de 1 100 m2 est le plus grand de tout le musée. Semblable au nouvel espace d’exposition du V&A de South Kensington, il témoigne de l’importance donnée aux expositions temporaires. Philip Long a d’ailleurs indiqué qu’il profitera de l’appartenance de son musée à la Confédération internationale des musées d’architecture (Icam) pour attirer des expositions issues de musées étrangers, en particulier de Chine, d’Australie et des États-Unis.

Située dans la même aile, les galeries du design écossais occupent un espace moitié moins grand. Le V&A South Kensington a fourni la majeure partie des œuvres et objets exposés. Au-delà des inévitables tweeds, tartans et cachemires tissés en Écosse, ses allées exposent les meubles, ponts, machines et jeux vidéo conçus dans le pays. Au centre de cet espace : la reconstitution d’un salon de thé dessiné par l’architecte écossais Charles Rennie Mackintosh au début du XXe siècle et soigneusement préservé depuis des décennies par la municipalité de Glasgow.

Le musée dispose également d’un auditorium, de deux salles pédagogiques, d’un studio pour un artiste en résidence et enfin d’une galerie de design financée par Michelin. Cette dernière permet une entrée en matière plus facile, à travers des travaux réalisés par des non-professionnels de l’art, dans ce musée du design, une notion sans doute encore trouble pour nombre de visiteurs.

Le bâtiment, une « forme adaptée au front de mer »

Architecture. Un candidat choisi à l’unanimité en 2010 après avoir été plébiscité par les habitants venus observer les maquettes des finalistes : le projet de Kengo Kuma était attendu avec impatience à Dundee, ancienne ville industrielle et portuaire de l’est de l’Écosse, située à l’embouchure du fleuve Tay. D’autant qu’il est le porte-étendard du projet à 1 milliard de livres (1,1 Md€) de revitalisation du front de mer d’une ville appauvrie.À la suite de nombreuses modifications destinées à restreindre les coûts, la construction de l’édifice a commencé courant 2015. Les résidents ont alors vu apparaître sur la rive de leur estuaire un musée leur rappelant leurs falaises de grès, aux stries horizontales. « Les instructions du projet imposaient un design établissant une relation avec la rivière et, contrairement aux autres projets, nous avons dessiné une forme adaptée au front de mer », raconte Kengo Kuma, auteur de la Cité des arts et de la culture de Besançon, située le long de la rivière du Doubs.L’intérieur tranche fortement avec cet extérieur rugueux, composé des blocs verticaux de ce grès écossais : les murs du rez-de-chaussée ont été couverts de planches de jeune chêne, là encore posées horizontalement et à un angle irrégulier. Cet espace est réservé à l’accueil, au magasin du musée et à son café. Le premier étage, au centre duquel se trouve un énorme atrium, abrite les espaces d’exposition et le restaurant, à la vue éblouissante sur les vagues de la Tay et sur l’autre côté de la rive, située à 2,2 km.

Tristan de Bourbon

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°507 du 21 septembre 2018, avec le titre suivant : LE V&A de Dundee ouvre ses portes

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