Vendredi 14 décembre 2018

Rome

Le palais Altemps entrouvert

Les salles peintes à fresque serviront de cadre aux collections antiques du Musée national romain

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 1016 mots

Le nouveau bâtiment du Musée national romain, le Palazzo Altemps, a été ouvert au public. La complexité des travaux réalisés et des restaurations effectuées dans l’édifice historique – acquis par l’État dans une condition catastrophique – justifie en partie la nécessité d’organiser des visites guidées, afin de montrer la splendeur du palais restauré avant la fermeture du musée, prévue pour 1995.

ROME - Réalisé sous ses formes actuelles après 1568, année de son acquisition par Marco Sittico Altemps, et agrandi en 1602 par les soins de Martino Longhi, le vieux Palazzo Altemps déploie sur six niveaux ses 8 300 m2 de surface au sol. Le rez-de-chaussée et le premier étage abriteront les collections du musée, tandis que les deux étages supérieurs recevront des bureaux et des laboratoires.

À l’occasion de cette brève réouverture, on a seulement présenté les salles monumentales de l’étage noble, aux fresques somptueuses, ainsi que la chapelle et la loggia. Environ cinquante pièces de la collection Ludovisi y seront disposées et autant au rez-de-chaussée, avec la Vénus Jandolo et quatre reliefs de collection Del Drago. Dans les salles restantes, dépourvues de décoration et non encore prêtes, seront disposées la collection égyptienne et celle des portraits Renaissance et imitation de l’Antiquité. Cinq salles resteront libres pour les expositions temporaires.

Les salles restaurées
Les sculptures seront ainsi "mises en scène" dans un décor de fresques, dont la majeure partie a été retrouvée sous des couches d’enduit coloré. La première salle, dite "des Perspectives" en raison de la ressemblance avec celle de la Farnésine, abrite des fresques commencées par Polidoro et Maturino et terminées probablement par Giovanni Battista Ramenghi de Bagnocavallo ; la frise qui surmonte la colonnade est l’œuvre du Toscan Lattanzio Bonastri de Lucignano, élève du Greco.

La seconde salle, qui conserve les décors les plus anciens, a révélé un superbe décor de Melozzo da Forli (et de son atelier), dont la présence dans l’équipe des décorateurs du palais est attestée par Luca Pacioli. Suit une salle peinte par Pasquale Cati de Jesi, avec des scènes tirées de la vie de Moïse et de l’Ancien Testament, et une fresque d’Antonio Viviani d’Urbino illustrant le thème des Quatre Saisons. La salle suivante offre un véritable palimpseste avec un registre supérieur de fresques du XVe siècle, un registre décoré de grotesques avec un écusson du cardinal d’Avalos d’Aragon (datable entre 1561 et 1568) et une frise avec des scènes de bataille, exécutée par Francesco Allegrini vers le milieu du XVIIe siècle.

La salle décorée par Romanelli est contemporaine de celle d’Allegrini ; les registres de comptes mentionnent aussi le paiement d’une lunette pour la loggia, à Antonio Viviani d’Urbino. Les fresques de la chapelle consacrée à saint Anicet, réalisées par Pomarancio et par Ottavio Leoni, sont les seules à avoir présenté de sérieux problèmes de restauration. Les décors de la voûte, exposés à la fumée des chandelles et à la poussière, présentent de multiples retouches a secco, avec une forte couche de salissures agglomérées aux finitions d’origine. On a prudemment choisi de sauvegarder l’intégrité du travail en exécutant un nettoyage léger. Mentionnons encore la voûte, avec la copie des icônes de la Clémence, de Sainte-Marie-du-Trastevere, œuvre de Vitruvio Alberi et de Pasquale Cati, et quelques fragments du peintre autrichien Gaspare Memberger.

Une superbe collection d’antiques
Selon les explications de Francesco Scoppola, directeur des travaux, le critère d’aménagement du musée, de prime abord discutable, se révèle en fait plutôt intéressant. Les vicissitudes historiques du palais, ses fresques, ses anciennes collections de livres et de sculptures – aujourd’hui dispersées – ont permis, après des recherches documentaires très poussées, de reconstituer ce que devait être une des collections d’antiquités les plus extraordinaires (plus de six cents pièces). On y verra donc, à leur emplacement d’origine, les seize œuvres de la collection Altemps restées dans la demeure et acquises par l’État.

Une fois prouvée l’abondance des pièces Altemps dans la collection Ludovisi, on a essayé de les remettre à leur emplacement ancien. Pour le reste, on a procédé selon le critère de "substitution parallèle", comme dans le cas des douze Césars Ludovisi, qui sont venus prendre la place des douze Césars Altemps dispersés.

La grande salle des fêtes est exemplaire : la cheminée monumentale des Altemps, en possession de la compagnie Assitalia, est revenue à sa place originelle ; au centre de la salle, une statue du Bernin imitée de l’antique sera remplacée par le groupe célèbre du suicide de Galatée (restauré à l’époque du Bernin par son collègue Ippolito Buzzi). Sur le côté opposé à la cheminée, le grand sarcophage Ludovisi – avec la représentation de Mars – viendra prendre la place du sarcophage Altemps.

Certains piédestaux anciens, retrouvés après avoir été remployés, ont été remis en place, comme les deux bases pour les Césars. Le dallage moderne suit le dessin et le plan de l’ancien ; les plafonds à caisson, originaux, ont été restaurés.

Lorsque les pièces n’avaient pas de statues, on a utilisé le critère d’affinité : dans la salle d’audience de la duchesse, décorée par Romanelli des aventures de Vénus et de Jupiter, on trouvera des œuvres comme l’Amour et Psyché, ou l’Aphrodite accroupie ; dans l’antichambre attenante, dépourvue de toute décoration, on poursuivra par la Vénus au bain et le Cupidon étranglant une oie, jadis regroupé avec elle.

Un absent
On pourra enfin admirer des pièces d’une immense valeur, dont certaines conservées depuis trop longtemps dans les réserves du Musée des Thermes. On verra ainsi dans la salle de Melozzo, Oreste et Electre, l’Arès Ludovisi et le Guerrier assis ; dans la salle peinte à fresque par Cati, l’Antinoos, l’Acrolithe et la Junon Ludovisi ; dans les autres salles, bas-reliefs, sarcophages, sculptures etc. Le seul grand absent sera le Trône Ludovisi, qui ne franchira pas le seuil du Palazzo Altemps. L’œuvre, découverte seulement en 1887 sur le terrain de la villa familiale, ne faisait pas partie des collections de la Renaissance.

Rome, Musée national romain, Palazzo Altemps, Via di San Applinare, 8. Tél. (39) 6 - 68 33 759. Visites guidées sur rendez-vous uniquement, en semaine de 17 à 19 heures. Le dimanche de 9 à 12 heures.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Le palais Altemps entrouvert

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