Mardi 10 décembre 2019

Le "Nu orange" de Pierre Bonnard

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 21 novembre 2019 - 422 mots

Grâce à une campagne d’acquisition spectaculaire, le Musée Bonnard du Cannet fait revenir en France un tableau de Pierre Bonnard, aussi rare que magnétique.
Redécouverte
Œuvre peu connue de la période cannetane de l’artiste, le Nu orange est presque inédit, car il n’a été exposé qu’une seule fois il y a une vingtaine d’années. Il a été redécouvert par hasard par Véronique Serrano, la directrice du Musée Bonnard du Cannet, lors d’un voyage d’étude aux États-Unis. Proposée à 750 000 euros par les collectionneurs, l’œuvre a été âprement négociée pour 529 000 euros. Son acquisition spectaculaire permet de la faire revenir définitivement en France.
Une œuvre atypique
Dans la galaxie des nus de Bonnard, ce tableau dénote. Il est atypique par son format, son cadrage resserré à mi-corps, mais aussi par la communion entre le modèle et la nature et l’interpénétration entre l’intérieur et l’extérieur. Ce nu se singularise également par son modèle puisqu’il ne s’agit pas de sa muse historique Marthe, disparue quelques mois auparavant, mais de Moucky Vernay, la jeune femme qui s’est occupée du peintre dans les toutes dernières années de sa vie.
Une acquisition logique
Cette acquisition était comme prédestinée, car l’établissement s’est porté acquéreur en 2016 d’une œuvre en rapport avec cette peinture. Le musée conserve le Carnet Verve, carnet qui comprend, entre autres, les seuls dessins préparatoires connus du Nu orange. Par cet achat, le musée, inauguré en 2011, poursuit l’ambitieuse politique qui lui a permis de constituer une importante collection alors qu’il ne possédait presque aucune œuvre au moment de sa préfiguration.
Poésie colorée
Lumineuse, solaire et colorée, cette œuvre frappe par sa puissance chromatique, typique du dernier Bonnard. Ce tableau qui oscille entre figuration et abstraction décline une chaleureuse gamme jaune orangé émanant de la carnation de la femme mais surtout des fruits qui occupent près de la moitié du tableau. Ces boules iridescentes seraient des oranges ou plus vraisemblablement des kakis car on sait que le jardin du peintre dans sa villa du Bosquet était agrémenté d’un plaqueminier.
Crowdfunding
Pour acquérir cette toile, le Musée Bonnard du Cannet a pu compter sur les soutiens institutionnels traditionnels (État, région et ville). Il a également sollicité les entreprises et les particuliers en lançant une campagne de financement participatif. Objectif : récolter 50 000 euros en cinquante jours. Pari gagné grâce aux 356 donateurs qui ont répondu à l’appel. Les dons ont afflué des quatre coins de la France avec un montant moyen de 100 euros par bienfaiteur. Le tableau sera présenté au public le 23 novembre 2020.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°729 du 1 décembre 2019, avec le titre suivant : Le "Nu orange" de Pierre Bonnard

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