Dimanche 23 septembre 2018

Musée

Le musée de Lodève joue la carte du territoire

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 5 septembre 2018 - 823 mots

Agrandi et modernisé, le musée installé dans l’hôtel de Fleury réussit à lier ses collections disparates en trois parcours autour d’un seul récit livrant une histoire de son territoire, entre poésie et sciences.

Les nouvelles salles du musée de Lodève.
Les nouvelles salles du musée de Lodève.
Photo Vincent Fillon

Lodève. Dans le centre-ville de Lodève, l’ancien hôtel de Fleury a retrouvé belle allure : ses façades ont été agrémentées d’enduits fouettés au balai de genêts, les balustres et balconnets en fer forgés de l’édifice ont été rendus dans leur intégrité. Bâti au XVIIe siècle et remanié au XVIIIe siècle, l’hôtel doit son nom au cardinal de Fleury, qui naquit ici avant d’aller éduquer plus tard le jeune Louis XV à Versailles. Une place en pente douce amène dorénavant le promeneur au bâtiment devenu musée en 1957 et l’ouvre sur la ville dans une atmosphère très minérale, en attendant que la végétation fraîchement plantée prenne toute son envergure.

De l’extérieur, seule une percée discrète en métal et en verre signale l’intervention contemporaine – fruit de cinq années de travaux pour 11 millions d’euros de budget– qui fait basculer le Musée de Lodève du XXe au XXIe siècle. S’insérant entre la médiathèque et l’hôtel de Fleury, la nouvelle partie contemporaine du musée, sobre et élégante, confiée à l’agence d’architecture Projectiles, a plus que doublé la surface originelle du musée. De 1 000 m2 environ auparavant, le musée se déploie dorénavant sur près de 2 500 m2 : le parcours permanent est le véritable bénéficiaire de cet agrandissement, passant de 350 m2 à 1 150 m2.

Fini le temps où les grandes expositions estivales bouleversaient les collections permanentes : dorénavant, le circuit s’étire sur trois séquences, trois parcours regroupant les trois points forts d’une collection complexe et disparate, pas forcément attractive pour le grand public. Quelle histoire réunit en effet une collection de fossiles prélevés sur le territoire lodévois, un mobilier néolithique retrouvé sur le causse du Larzac et le fonds d’atelier de Paul Dardé (1888-1963), sculpteur à la gloire foudroyante dans les années 1920 et natif de la région, le tout s’étalant sur 500 millions d’années ? Pour répondre à cette question, Ivonne Papin-Drastik, directrice du Musée de Lodève, s’est adjoint les services de l’agence AG Studio, déjà à l’œuvre au Musée d’arts de Nantes ou au Musée de la chasse et de la nature à Paris, pour l’assister dans la « maîtrise d’ouvrage architecturale, muséographique et soft multimédias ». De plus, pour chacune des trois parties de l’exposition, un comité scientifique a été réuni pour tenir un cadre rigoureux et irriguer le parcours des dernières découvertes réalisées dans les domaines archéologiques et paléontologiques. Au final, le fil directeur reste le territoire lodévois et le plateau du Larzac, le terrain de recherche à la fois scientifique, archéologique et artistique : on y cherche les traces du vivant, les premiers pas de l’homme en sociabilité, on y trouve aussi un sculpteur solitaire doué pour le fusain et quelque peu caractériel.

Des fossiles à la sculpture

Le Grandfaune de Paul Dardé est posté à l’entrée du musée et à la croisée des chemins, haute silhouette de pierre de quatre mètres de hauteur munie d’un rictus étrange et mystérieux : prévenu, le visiteur va osciller entre preuves scientifiques et imaginaires poétiques. Dans le parcours dit des « Traces du vivant », il y a de la poésie dans le fait de commencer en couvrant plusieurs centaines de millions d’années avec le fossile d’une trace laissée par quelques gouttes de pluie. La recherche de la trace préside aussi dans la « dalle du Permien », qui présente sur 40 mètres carrés les empreintes de pattes d’animaux disparus. Grâce à un jeu de lumières, le moulage de la dalle fait ressurgir ces animaux préhistoriques dans un grand sens de l’évocation. Un squelette de Caséïdé (un reptile de 4 mètres de long) témoigne des dernières avancées de la recherche : son nom et l’article scientifique dont il fait l’objet n’ont pas encore été publiés. Dans le parcours « Empreintes de l’homme », dispositifs audio, animations graphiques et cartographies projetées aident à comprendre les évolutions des sociétés du néolithique. Neuf dispositifs multimédias, réalisés par le studio Les Fées Spéciales (à qui l’on doit les animations graphiques de Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot), illustrent gestes et pratiques des mobiliers retrouvés dans l’Hérault que l’on retrouve dans les vitrines du musée. C’est beau, poétique et fidèle aux interprétations des équipes scientifiques.

Dans « Mémoires de pierres », le musée expose le fonds d’atelier de Paul Dardé, enrichi de quelques dépôts dont L’éternelle douleur (1913, Musée d’Orsay), impressionnant morceau sculpté par l’artiste à seulement 25 ans. Le circuit, à l’image de la nouvelle muséographie du Musée Rodin à l’hôtel Biron, fait la part belle au processus créatif du sculpteur, réunissant travaux préparatoires et œuvres finales. Rempli de faunes inquiétants et de nymphes langoureuses, ce parcours est logiquement la porte d’entrée à l’exposition inaugurale du musée, « Faune, fais-moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso ». Avec celle-ci, le musée se réaffirme comme un producteur de grandes expositions nationales.

Musée de Lodève,
1, place Francis Morand, 34700 Lodève, mardi-dimanche 10h-18h.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°506 du 7 septembre 2018, avec le titre suivant : Le musée de Lodève joue la carte du territoire

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