Mercredi 14 novembre 2018

Musée

MAHJ

Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme voit plus grand

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 25 mars 2018 - 895 mots

PARIS

Ouvert en 1998, le musée parisien fête cette année ses 20 ans et va lancer sa refonte muséographique ainsi qu’un projet d’extension en sous-sol.

La cour de l'hôtel de Saint-Aignan, qui abrite le Musée d'art et d'histoire du judaïsme.
La cour de l'hôtel de Saint-Aignan, qui abrite le Musée d'art et d'histoire du judaïsme (Mahj).
Photo Christophe Fouin

Paris. Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (Mahj) fête cette année ses 20 ans. Entre célébrations, bilans et perspectives, le musée s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de son existence et prépare son extension, prévue pour 2023.

Avec près de 2 millions de visiteurs accueillis depuis son ouverture, c’est un musée singulier à plus d’un titre. Administrativement, il est le fruit d’un consensus politique entre la Mairie de Paris et l’État. Dans les années 1980, le Maire de Paris Jacques Chirac et le ministre de la Culture Jack Lang s’accordent autour du projet : Paris met à disposition l’hôtel de Saint-Aignan, l’État dépose des ensembles d’œuvres issus des collections nationales, tandis que le musée est géré par une association. Le budget de fonctionnement (qui s’élève en 2018 à 6 millions d’euros dont 1,7 million en ressources propres) est abondé à parts égales par l’État et la Ville. Cette accord va perdurer jusqu’à aujourd’hui, au-delà des changements de municipalités et gouvernements successifs.

Dès 1988, Laurence Sigal est nommée directrice de ce musée en préfiguration. Elle est chargée de donner sens et cohérence à une collection constituée à partir de plusieurs ensembles : le fonds d’un musée privé d’art juif autrefois situé dans le 18e arrondissement de Paris, la collection d’Isaac Strauss déposée par le Musée de Cluny, ou les stèles funéraires médiévales de la rue Pierre-Sarrazin, mises au jour en 1848. En résumé, les témoignages de deux mille ans de présence hébraïque à mettre en perspective avec l’histoire mondiale.

De nombreux dons et dépôts

Vingt ans plus tard, le propos initial n’a que peu varié : « À quelques rares exceptions, l’historiographie fait l’impasse sur la part juive de l’histoire de France, et le judaïsme est absent de la plupart des musées français. Un de nos objectifs est de réintégrer le judaïsme dans le récit national », explique l’actuel directeur de l’institution, Paul Salmona. Celui-ci a cependant des raisons de se réjouir : « On constate une évolution : le Musée Carnavalet va reprendre les stèles médiévales qu’il nous avait déposées. Valérie Guillaume, sa conservatrice, a souhaité illustrer le judaïsme dans la nouvelle muséographie sur l’histoire de Paris, c’est une excellente chose. Au Musée de Cluny, Élisabeth Taburet-Delahaye a le même projet et nous reprend une des stèles du cimetière de la rue Pierre-Sarrazin, là aussi pour témoigner de la présence juive dans l’histoire médiévale. »

De son côté, le musée s’apprête à faire sa mue. Depuis 1998, des dons et dépôts de musées ont enrichi les collections. En vingt ans, 7 000 numéros ont été ajoutés à l’inventaire de l’institution, dont 3 600 issus de dons d’amis du musée. « Le plus admirable est le grand fonds donné par la famille du capitaine Dreyfus. Si nous avions dû l’acquérir par un achat, il aurait été inaccessible », commente Paul Salmona. « Dans un certain nombre de cas, ce sont des œuvres et des objets modestes qui sont pertinents parce qu’ils sont documentés par les donateurs, comme le contexte pour les découvertes archéologiques. » Une caractéristique des donations que l’on retrouve dans l’exposition actuelle « Hommage aux donateurs », qui met en lumière une centaine d’œuvres dans le parcours permanent à travers des cartels expliquant les motivations des donateurs.

La muséographie va être revue, pour redonner au parcours permanent une cohérence et l’enrichir. En effet, dès les années 2000, Laurence Sigal a voulu que les expositions deviennent le moteur de la fréquentation du musée, et mis en place une poilitique active en ce sens, à l’exemple de « Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem », « Chagall et la Bible », « René Goscinny. Au-delà du rire » ou « Les mondes de Gotlib ».

La place dévolue aux expositions étant insuffisante, une partie du parcours permanent a alors été attribuée aux expositions temporaires. « Mais on a perdu en confort de visite, le parcours permanent devenant un cul-de-sac », souligne le directeur. Et, en matière de muséographie, « le public non initié est dérouté par l’absence de mise en contexte des objets liés à la liturgie synagogale ou aux rituels familiaux », concède-t-il. Paul Salmona veut également faire plus de place à l’école de Paris et « notamment aux artistes disparus dans la Shoah ». Il faut aussi enrichir le parcours après 1948 : « Il manque une section sur la renaissance du judaïsme dans l’après-guerre, l’arrivée des juifs du Maghreb, l’engagement massif des jeunes juifs dans l’extrême gauche après Mai 68, et une autre sur quelques personnalités marquantes comme Simone Veil. »

Un extension souterraine

Pour résoudre le manque de place, il n’y a pas d’autre solution qu’une extension. Épaulé par un programmiste, le Mahj a imaginé étendre le musée sous le jardin Anne-Franck afin de créer un plateau de 500 m2 pour les expositions temporaires, ce qui libérerait 400 mètres carrés pour étendre le parcours permanent. Le projet est estimé à 14 millions d’euros. « Nous attendons un cofinancement de la part de la Ville et de l’État, puisque c’est la règle depuis 1988, et nous irons chercher 4 à 5 millions d’euros auprès des fondations actives dans le champ du judaïsme comme auprès de donateurs privés », indique le directeur. L’horizon prévu pour l’ouverture est 2023, après un concours d’architecte programmé en 2019.

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme,
hôtel de Saint-Aignan, 71, rue du Temple, 75003 Paris. « Hommage aux donateurs », jusqu’au 13 janvier 2019.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°497 du 16 mars 2018, avec le titre suivant : Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme voit plus grand

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