Dimanche 25 février 2018

Le Met exhume ses trésors grecs

Le Journal des Arts

Le 11 juillet 2008

Après la rénovation de l’aile Robert et Renée Belfer, achevée en 1996, et celle plus récente des galeries McKim Mead et White, le Metropolitan Museum de New York poursuit le redéploiement de ses collections d’art grec. L’atrium de style romain, qui avait été transformé en restaurant, va être réaménagé en salle d’exposition pour les sculptures.

NEW YORK (de notre correspondant) - Le Metropolitan Museum redéploie sa collection d’art grec, une des plus importantes en Occident avec 1 200 œuvres du VIe au IVe siècle avant J.-C., de l’époque archaïque à l’époque classique. Certaines de ces pièces ne sont pas sorties des réserves depuis 1948, année où l’atrium romain a été transformé en restaurant, amputant de moitié l’espace du département dans l’aile sud, conçue en 1910 pour abriter cette collection. Quant aux objets qui y étaient exposés, ils semblaient l’être au hasard, tout sens de l’ordre ayant disparu. Comme le rappelle Philippe de Montebello, directeur du Metropolitan : “Les galeries d’art grec et romain avaient grand besoin de nouvelles installations, et même d’une structure complètement repensée. Trop d’objets étaient dans les réserves, la muséographie était vétuste et rébarbative, l’ensemble ressemblait à une réserve accessible à des spécialistes, et le tout était entassé dans un espace trop petit. Quand, en 1990, j’ai engagé Carlos Picón [comme conservateur des collections d’art grec et romain], c’était dans l’idée qu’il supervise cette réinstallation.”

Le redéploiement des collections s’est fait en trois temps, grâce à une importante campagne de financement de 150 millions de dollars (900 millions de francs) : l’aile Robert et Renée Belfer – le long de la Cinquième Avenue – consacrée à l’art grec préhistorique et ancien, a été ouverte en 1996, suivie de la restauration des salles voisines, les galeries de beaux-arts McKim Mead et White. La dernière phase, qui s’étendra sur trois à cinq ans, concernera le restaurant : il sera réaménagé en atrium et accueillera des sculptures. De nouvelles salles seront créées pour l’art étrusque, romain, chypriote, hellénistique et de l’Italie du Sud.

Carlos Picón a opté pour une présentation chronologique qui a le mérite de faire apparaître les échanges entre cultures. Mais cette option n’est pas la seule choisie ; certaines vitrines proposent des regroupements monographiques autour des peintres d’Amasis, Brygos, Lydos ou Makron, tandis que d’autres sont thématiques. Céramiques, bronzes et arts décoratifs viennent illustrer l’iconographie du théâtre, des banquets ou l’art de la guerre, des cartels et panneaux explicatifs sur les murs venant compléter le tout. La profusion de verreries, terres cuites et bijoux sortant des réserves laissait craindre un excès de zèle visant à tout exposer, mais le directeur a encouragé une approche du “moins pour le plus”, poussant Carlos Picón à ne présenter que les pièces majeures – les autres seront accessibles en réserve –, et permettant au designer Jeffrey L. Daly de créer une scénographie remarquablement ordonnée.

Après avoir été l’une des plus vastes galeries de sculptures d’Amérique, (50 mètres de long sur 9 de large), le couloir Chypriote reliant l’entrée du musée au restaurant était devenu un passage vétuste. Restauré, il accueille à nouveau les sculptures de grande taille, mises en valeur par le sol de marbre, le plafond en berceau et à caissons de rosettes, et un style directement inspiré des bains impériaux romains. Recouverts de pierre à chaux, les murs ont été percés de quatre nouvelles portes menant aux six galeries adjacentes, des salles aux nobles proportions où trois lucarnes encastrées, condamnées pendant la guerre, ont été rouvertes, créant un effet spectaculaire. Les sculptures de marbre sont réparties entre ce hall central et les galeries orientales, inondées de soleil grâce aux ouvertures zénithales et aux fenêtres en bronze donnant sur la Cinquième Avenue. Un tel lustre convient parfaitement à la plus importante collection d’art classique des États-Unis.

Pour Philippe de Montebello, ce projet est d’un intérêt majeur pour le musée et ses visiteurs : “La réinstallation des collections d’art grec et romain complète la vision encyclopédique du Met sur les civilisations du monde. Tous ceux qui comprennent l’importance de l’art classique dans la tradition occidentale reconnaîtront la portée du retour de ces œuvres au public. Elle montre aussi, en cette fin de millénaire, que l’intérêt pour l’histoire n’est pas mort. Je pense que dans un monde de plus en plus fasciné par la mode et l’éphémère, le retour aux choses fondamentales, c’est-à-dire aux racines de la civilisation occidentale dans l’Antiquité est une fonction muséologique importante.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°84 du 28 mai 1999, avec le titre suivant : Le Met exhume ses trésors grecs

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