Expansion

Le Centre Pompidou rêve d’Asie

Le Journal des Arts

Le 16 décembre 2005

L’institution parisienne se lance dans des projets à Hongkong et Singapour, en association ou en concurrence avec le Guggenheim.

HONGKONG - Le West Kowloon Cultural District (WKCD) de Hongkong, un chantier de plusieurs milliards de dollars, s’annonce aujourd’hui comme l’un des plus gros contrats culturels mondiaux à venir que se disputent déjà les plus grands musées du monde. Le 28 octobre, deux concurrents en lice – la Fondation Guggenheim de New York et le Centre Pompidou à Paris – se sont associés pour accroître leurs chances de l’emporter. Parmi les autres musées consultés pour ce concours figurent l’Art Institute de Chicago, l’Asia Society de New York, la Royal Academy of Art et le Victoria and Albert Museum à Londres, le Musée d’Orsay et le Musée Guimet à Paris, et le Musée Royal de l’Ontario à Toronto.
Le plan directeur du WKCD, conçu par l’architecte britannique Norman Foster et adopté par le gouvernement de Hongkong en 2002, prévoit la construction pour 2012 d’un quartier à vocation à la fois commerciale, résidentielle et culturelle en partie couvert par une impressionnante forêt, le tout sur 50 hectares de front de mer en face de Victoria Harbour, sur l’île de Hongkong.
Il y a quelques semaines, le gouvernement de Hongkong a présélectionné trois aménageurs : World City Culture Park, Sunny Development et Dynamic Star International. Mais, pour répondre aux attentes de la population, il a décidé de renoncer à son principe de l’aménageur unique en confiant au moins la moitié du projet à un aménageur et en autorisant les autres à concourir pour la moitié restante. En octobre, il a aussi modifié brusquement ses conditions en annonçant que le gagnant du lot principal devrait financer à hauteur de 30 milliards de dollars hongkongais (3,3 milliards d’euros) les équipements culturels prévus par le projet.
Pour cet aspect du concours, les aménageurs se sont associés à des institutions culturelles afin d’affiner leurs propositions. Sunny Development n’a pas révélé le nom des musées auxquels il demandait conseil, mais World City a réuni un comité consultatif international comprenant l’Art Institute de Chicago, l’Asia Society, la Royal Academy of Art et le Victoria & Albert Museum, les musées d’Orsay et Guimet, le Musée Royal de l’Ontario, ainsi que le bureau des trésors culturels de la province de Henan, le Ge Hua Cultural Development Group de Pékin et des professionnels du monde de l’art.

Complexe muséo-commercial
Selon le porte-parole de World City, les membres de ce comité devraient mettre sur pied des institutions placées sous l’autorité du gouvernement de Hongkong.
De son côté, Dynamic Star a fait appel au Centre Pompidou de Paris et à la Fondation Guggenheim de New York pour affiner ses propositions. Les deux musées ont travaillé chacun séparément avec l’une des deux sociétés avant que celles-ci ne fusionnent pour constituer Dynamic Star. Plutôt que de continuer à se faire concurrence, ils ont décidé fin octobre d’unir leurs forces sur un projet à bâtir avec l’architecte Norman Foster.
Un communiqué commun du directeur du Guggenheim, Thomas Krens, et du président du Centre Pompidou, Bruno Racine, confirme leur intention de « collaborer étroitement avec les partenaires culturels de Hongkong et le cas échéant d’amener d’autres grandes institutions à s’associer au projet ». Le Guggenheim demande généralement des sommes importantes pour construire et faire fonctionner ses antennes telle celle de Bilbao, en Espagne. Le montage financier du projet hongkongais reste pour l’instant inconnu. « C’est une association à 50-50 », a seulement déclaré Thomas Krens.
Si le Guggenheim a coutume de négocier des partenariats à l’étranger, à travers ses succursales créées aussi bien à Venise, Bilbao, Berlin ou Las Vegas, le Centre Pompidou n’a pas encore développé d’antenne à l’étranger, même s’il a lancé la construction d’un musée à Metz. L’institution parisienne entend néanmoins devenir la « tête chercheuse d’un réseau européen », selon les mots de Bruno Racine, son président. La marque « Centre Pompidou » a même été déposée dans cette optique.
Les deux institutions française et américaine s’intéressent ainsi à d’autres créations de musées en Asie et, à cet effet, ont noué des contacts à Pékin et Singapour. Ce dernier pays, qui vient tout juste d’autoriser les jeux de hasard, cherche à attirer davantage de touristes et à augmenter la durée de leur séjour dans le petit État. Ici aussi, l’idée consiste à associer une institution culturelle à un aménageur pour inclure un projet muséal dans un complexe qui réunira hôtels, casino, centre de congrès et centre commercial, selon le plan gouvernemental d’aménagement de la Marina Bay. Pour son projet de Singapour, conçu autour de l’architecte Zaha Hadid, le Guggenheim s’est associé à Sands, propriétaire de l’hôtel-casino Venetian Resort de Las Vegas, où la fondation américaine gère déjà un espace d’exposition. Le Centre Pompidou a quant à lui été contacté par l’architecte Daniel Libeskind et s’est associé à Harrah’s, un autre casino de Las Vegas, et à des investisseurs singapouriens. « Il n’y a pas de spécification à ce stade, nous a déclaré Bruno Racine, président du Centre Pompidou. Nous disposons donc d’une grande capacité d’intervention dans la définition du projet. » Ce dernier, qui ne doit pas coûter un euro à l’institution puisque basé sur le principe d’une couverture intégrale des frais, permet, toujours selon Bruno Racine, d’engager « un effort de réflexion, comme pour le Centre Pompidou-Metz, et oblige à repenser le musée. C’est un atout pour la France à l’étranger. Le Centre Pompidou doit être une acteur de l’inévitable rééquilibrage des points de vue dans le monde, surtout en Asie, qui est aujourd’hui prioritaire, même si nous travaillons aussi avec les États-Unis et pensons à l’Amérique latine, en particulier au Brésil  ».

Hongkong métropole culturelle
Le gouvernement de Singapour devrait choisir rapidement un aménageur pour un équipement qui doit aussi ouvrir ses portes en 2012.
L’an dernier, le Guggenheim avait été à deux doigts de signer un contrat pour construire une antenne à Taichung (Taïwan), mais des oppositions politiques ont finalement eu raison du projet. Peu après, en janvier 2005, le président de Guggenheim, Peter Lewis, démissionnait, arguant des ambitions expansionnistes de Thomas Krens.
Même si Dynamic Star n’obtient pas le marché, le projet Guggenheim-Pompidou pourrait avoir des suites, car le gouvernement de Hongkong pensera sans doute à ces candidats pour son futur plan de « transformation de Hongkong en métropole culturelle internationale ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°227 du 16 décembre 2005, avec le titre suivant : Le Centre Pompidou rêve d’Asie

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