Mercredi 21 novembre 2018

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L’archéologie à l’heure européenne

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 3 janvier 2008 - 644 mots

Initié par l’Inrap, un vaste programme de promotion et de développement de l’archéologie réunit des partenaires scientifiques de toute l’Europe.

Paris - La Commission européenne vient d’adopter le projet initié par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) pour promouvoir et développer l’archéologie en Europe et dans le monde. Doté d’un budget de 4,8 millions d’euros, réparti sur cinq ans – financé à moitié par l’Union européenne et à moitié par les différents pays participants –, le programme rassemble treize institutions de dix pays européens, l’Inrap, mais aussi l’Archaeology Data Service de l’université de York (Royaume-Uni), la Faculté d’archéologie de l’université de Leyde (Pays-Bas), le Vlaams Instituut voor het Onroerend Erfgoed de Bruxelles, la Faculté d’archéologie de l’université Aristote de Thessalonique (Grèce) et la Römisch-Germanische Kommission en Allemagne, entre autres. Les partenaires scientifiques se sont réunis les 23 et 24 novembre au Collège de France, à Paris, pour définir les grands axes du projet. Celui-ci s’appliquera à montrer l’importance de l’archéologie pour notre connaissance du passé et pour nos civilisations actuelles. « Le but est d’aborder des problématiques sociales et identitaires, tels les grands courants migratoires, l’histoire des peuplements, l’aménagement du territoire qu’on peut retracer depuis un million d’années », précise Nicole Pot, directrice générale de l’Inrap. Concrètement, il s’agit de soutenir des projets de recherche et des travaux, d’organiser des rencontres et colloques internationaux. Le premier pourrait avoir lieu à Bruxelles, en 2010, sur « La construction de l’Europe en l’an mille ». Autre grand chapitre de ce programme échelonné de 2007 à 2012 : confronter les différentes pratiques et méthodes de l’archéologie (cadres juridiques, gestion des données, obligations statutaires), et ce, afin de les rendre compatibles pour les exploiter ensuite à un niveau européen. Les différents protagonistes tenteront, en outre, de cerner le métier d’archéologue via des enquêtes concernant le nombre de professionnels par pays, leurs spécialités, s’ils dépendent du public ou du privé, les diplômes requis...

Le dernier volet s’attachera à valoriser l’archéologie auprès du grand public, à commencer par la publication en 2009 d’un ouvrage sur L’Europe archéologique – l’Inrap recherche actuellement différents coéditeurs – et la création de modules pédagogiques dans les villes où se déroulent des chantiers de fouille. Ce programme devrait permettre de valoriser la discipline en Europe et dans d’autres pays dans le cadre de grands travaux d’aménagement. À l’échelle nationale, cette initiative pourrait convaincre les autorités françaises d’octroyer à l’Inrap des moyens supplémentaires comme le réclament régulièrement ses archéologues. Les 11 et 12 décembre, ils étaient plus de 150 à manifester à Bordeaux et Paris pour demander une centaine de postes supplémentaires, condition sine qua non pour mener à bien leur indispensable travail de mémoire.

Ils sont fous ces Osismes

Des archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) viennent de découvrir un ensemble de 545 pièces de monnaies d’électrum (mélange d’or et d’argent) à Laniscat (Côtes d’Armor) entre autres vestiges d’une exploitation agricole de l’âge du fer. Véritable fortune à l’époque, remarquablement bien conservé, ce trésor, le plus important dépôt monétaire mis au jour en Armorique celtique, a probablement été enfoui juste avant la conquête romaine. Il se compose de 58 statères et de 487 quarts de statères, des monnaies frappées par les Osismes (peuple gaulois installé en Bretagne au IVe et IIIe siècles avant notre ère). Cette découverte permet de reconsidérer l’importance du pouvoir osisme, qui contrôlait un vaste territoire maritime entre l’Atlantique et la Manche. Les fouilles mettent aussi en lumière l’existence d’un habitat beaucoup plus sophistiqué que la simple ferme gauloise traditionnelle. En activité du IIIe siècle avant notre ère au Ie siècle, l’établissement agricole édifié sur le site de Rosquelfen par un notable et sa parenté s’étend sur 7 500 m2. Outre les habitations peu spacieuses construites sur des poteaux, les archéologues supposent l’existence d’une sorte de manoir ou habitation principale comme en attestent les nombreux greniers à grains découverts.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°272 du 4 janvier 2008, avec le titre suivant : L’archéologie à l’heure européenne

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