Vendredi 10 juillet 2020

Musée

La table de la chambre de Mallet-Stevens

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 12 mai 2020 - 417 mots

Le Centre des monuments nationaux (CMN) poursuit sa politique de remeublement de la Villa Cavrois en acquérant une table emblématique de l’esthétique moderniste signée Mallet-Stevens.

Icône

Édifiée entre 1929 et 1932 pour une puissante famille d’industriels de Roubaix, la Villa Cavrois est l’un des monuments civils les plus importants du XXe siècle. Ce château de béton ocre a été entièrement conçu par l’architecte Robert Mallet-Stevens. Ce chantre du modernisme a tout dessiné dans ce lieu hors norme : le bâtiment évidemment, mais aussi le décor intérieur, le mobilier, le jardin et les innombrables équipements d’avant-garde allant du chauffage central à thermostat à l’ascenseur.

Table emblématique

Premier meuble à regagner la chambre jaune de jeune homme, cette table est emblématique de l’esthétique de l’Union des artistes modernes (UAM), dont Mallet-Stevens est l’un des fondateurs. Ses lignes sont simples, d’une grande pureté, mais le meuble structure aussi puissamment qu’élégamment l’espace. De plus, son dessin très graphique, avec son double plateau et son piétement original, entre en résonance avec le tracé des étagères fixées derrière ce meuble, créant une unité d’ensemble.

Chambre jaune

Chaque pièce possède une ambiance particulière. Le décor, la couleur, le mobilier, mais aussi les matériaux changent afin de « qualifier les espaces et les personnes ». Dans le salon, le noyer est ainsi privilégié, alors que dans la salle à manger des parents les meubles sont en poirier et que dans la chambre jaune de jeune homme le mobilier est en chêne cérusé. Le contraste entre la chaleur chromatique des murs et la teinte sombre de ce mobilier fonctionnel dégage une belle harmonie.

Œuvre d’art total

Selon les préceptes de l’avant-garde moderniste, le monument constitue une œuvre d’art total. De l’édifice aux moindres détails ornementaux ou techniques, tout est pensé pour fonctionner comme un tout. Le mobilier imaginé spécifiquement pour ce lieu est donc fondamental, car il fait corps avec le bâtiment. Hélas, le site a connu une histoire chaotique puisqu’il a été abandonné, saccagé et vidé dans les années 1990. Son décor intérieur a ainsi été arraché et son mobilier dispersé.

Remeublement

En vue de son ouverture en 2015, le CMN a entrepris un chantier de sauvetage du bâti et une restitution des décors et biens immeubles par destination, comme les étagères ou les banquettes intégrées. Pour les meubles encore existants, l’établissement mène une politique d’acquisition au long cours afin de faire revenir le plus de meubles possible dans leur écrin originel. Des fauteuils, une pendule ou encore un bureau ont d’ores et déjà regagné leurs pénates.

Thématiques

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°734 du 1 mai 2020, avec le titre suivant : La table de la chambre de Mallet-Stevens

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