Société

Italie, un décret limitant le droit de grève dans les institutions culturelles met en colère les professionnels

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 4 novembre 2015 - 539 mots

ITALIE

ROME (ITALIE) [04.11.15] – En réaction aux grèves à répétition du personnel des monuments historiques, musées et sites archéologiques italiens, le gouvernement a rédigé un décret pour limiter leur droit de grève. Une mesure qui fait réagir les professionnels de la culture, qui menacent d’entrer à nouveau en grève.

Les professionnels de la culture menacent le gouvernement italien de lancer un mouvement de protestation nationale, relate The Art Newspaper. Cette annonce intervient en réaction à la volonté du gouvernement de limiter le droit de grève des professionnels de la culture, en classant les musées en tant que « services publics essentiels ».

La tension entre les syndicats et le ministère de la Culture italien sur l'avenir du secteur du patrimoine a atteint cette année son paroxysme. Fin juillet, en pleine saison touristique, la convocation sans préavis d'assemblées du personnel dans plusieurs sites et musées majeurs italiens ont provoqué la colère des autorités. Alors que le tourisme représente plus de 10 % du PIB du pays, des centaines de personnes se sont retrouvées bloquées aux portes de Pompéi, le site archéologique le plus célèbre du pays, de la Galerie Borghese de Rome, l’un des musées les plus visités de la capitale, et du Colisée, monument le plus visité d’Italie avec six millions de visiteurs par an. « Celui qui se comporte ainsi fait du mal aux syndicats, aux droits des travailleurs, mais surtout il fait du mal à son propre pays », avait alors réagi le ministre de la Culture, Dario Franceschini.

Le 18 septembre, le Colisée est à nouveau resté fermé pendant trois heures, de même que tous les sites archéologiques du centre historique de Rome, y compris les forums impériaux, la colline du Palatin, et les thermes de Dioclétien et de Caracalla. Face à ces grèves à répétition sans aucun préavis, le Conseil des ministres a rédigé le jour même un décret pour réglementer les grèves dans le secteur.

Le 22 octobre, la Chambre des députés de l'Italie a adopté cette mesure destinée à classer les musées dans la catégorie « services publics essentiels », au même titre que les écoles et les hôpitaux, limitant ainsi le droit de grève. En effet, si ce décret était adopté, les travailleurs de la culture devraient obligatoirement avertir par écrit 10 jours avant toute action collective, et le ministère de la Culture pourrait imposer un délai minimum entre les grèves afin d'éviter toute perturbation. Le Sénat doit approuver cette mesure le 20 novembre prochain pour qu'elle soit incluse dans la loi. C’est pourquoi les syndicats ont menacé d'une grève nationale.

Dans le même temps, le gouvernement a accepté de débloquer des fonds pour payer les primes différées 2014-2015 à tous les employés du ministère de la Culture. Toutefois, certains représentants syndicaux estiment qu'ils ont des problèmes plus globaux. « Le retard dans le paiement des heures supplémentaires n'a pas été la seule cause des assemblées et des fermetures des monuments », a déclaré Claudio Meloni, le représentant au ministère de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), la plus grande fédération syndicale du pays. Il a cité notamment l’insécurité du secteur culturel italien, à la suite des récentes réformes adoptées par le ministère, et la pénurie nationale de 1 300 professionnels.

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Dario Franceschini, ministre italien des Biens et des Activités culturels et du Tourisme © TIZIANA FABI / AFP

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