Mercredi 21 février 2018

Entretien avec Glenn Lowry

Pour une présentation plus globale des collections

Le Journal des Arts

Le 21 octobre 2009

L’an dernier, le Museum of Modern Art a acquis un terrain adjacent au bâtiment actuel pour 50 millions de dol­­lars (285 millions de francs) dans le but de doubler ses espaces. En quoi cela répond-il aux objectifs du musée ?
Glenn Lowry : Nous voulons revoir la façon dont nous présentons nos collections en étudiant la relation entre espaces publics et espaces d’exposition. À l’heure actuelle, par exemple, le musée s’organise autour d’un axe unique, matérialisé par les escalators du hall-jardin. Il n’y a pas d’autre alternative que de suivre le trajet qu’ils offrent, et le même principe vaut pour les galeries. Nous espérons que la nouvelle organisation de l’espace sera plus "flexible", plus "ouverte", dans le sens où les visiteurs pourront choisir plusieurs itinéraires et aborder le musée de différentes manières.

Quelle sera la nouvelle présentation ?
Les collections permanentes doivent-elles être accrochées ou non en fonction du département du musée dont elles dépendent ? Il y aura toujours un certain nombre d’espaces spécifiques consacrés aux initiatives des départements, et nous aurons toujours des conservateurs spécialisés. Mais je crois que nous aboutirons à une présentation plus globale, pour aborder les questions fondamentales de l’art moderne dans son ensemble.

Depuis sa naissance, le musée a établi une chronologie qui intègre certaines œuvres essentielles. Conservez-vous toujours une présentation chronologique des collections ?
Nous garderons une chronologie, mais celle-ci ne sera plus la chronologie. Elle sera plus volontiers l’une des chronologies possibles. L’histoire de l’art moderne est bien plus diverse et complexe que celle que nous avons traditionnellement présentée.

Cette chronologie s’ouvrira-t-elle à d’autres artistes ?
Nos collections sont tellement vastes que même si nous présentions deux fois plus d’œuvres dans nos nouveaux espaces, elles ne seraient qu’une fraction minuscule de ce que nous possédons au total. Nous nous intéressons davantage à la manière de présenter nos collections et aux types de questions susceptibles d’être abordées. Il est donc probable que nous présenterons en fin de compte un plus grand nombre d’artistes.

La période de référence débute dans les années soixante. Quels artistes seront intégrés aux décennies suivantes ?
Nous voulons être en mesure de présenter l’art contemporain de manière plus ouverte et plus vaste. Nous avons réuni d’immenses collections dont nous n’avons montré que des fragments, et de façon trop ponctuelle. Ne serait-ce que ces deux dernières années, nous avons acquis des œuvres essentielles de Kcho, Mona Hatoum, Rachel Whiteread, Bruce Nauman, Tony Oursler, Cy Twombly, Glenn Ligon, Bill Viola, Wolfgang Laib, Gerhard Richter et Ellsworth Kelly, et plus récemment encore, une série complète de Film Stills de Cindy Sherman, les trente-deux boîtes de soupe Campbell d’Andy Warhol, le F111 de Rosenquist, sans oublier Elaine Dannheisser qui vient de nous donner sa collection. Celle-ci inclut notamment des très belles œuvres de Robert Gober, Bruce Nauman et Jeff Koons.

Les expositions et acquisitions seront-elles recentrées sur l’art contemporain ?
Bien avant que je ne prenne mes fonctions, le musée s’était recentré sur les vingt-cinq ou trente-cinq dernières années, au détriment des deux ou trois premières décennies de ce siècle. Nous devons réunir la collection d’art moderne et d’art contemporain la plus vaste possible. Mais l’art contemporain tient déjà une place essentielle dans nos recherches.

Avez-vous l’intention de réunir des œuvres d’autres parties du monde et de les exposer ?
Nous avons un très grand intérêt pour le Japon sur le plan de l’architecture, du design, de la vidéo et du cinéma, mais aussi – à une moindre échelle – des imprimés, du dessin et des livres illustrés. Au départ, l’attention du MoMA s’est surtout portée sur la création européenne du début de ce siècle, notamment les œuvres d’artistes comme Picasso et Matisse, et d’architectes comme Gropius et Mies van der Rohe. Mais nous ne nous sommes jamais cantonnés à l’Europe. Nous sommes restés à l’écoute des différents modes d’expression, des différentes orientations de l’art moderne que nous trouvions intéressantes. Nous n’avons pas une vocation encyclopédique.

Le MoMA a joué un rôle important dans la définition de l’art moderne. Pensez-vous que le musée reflète l’histoire de celui-ci ?
Oui. Mais le MoMA a aussi été le premier à s’intéresser d’un point de vue global à l’architecture, au design, au cinéma, à la photographie, à la peinture, au dessin, à la sculpture et aux livres illustrés. Notre objectif est donner à notre public l’occasion de voir et d’explorer ce que nous pensons être les formes d’art les plus at­trayantes, les plus intéressantes du temps présent. Si nous y arrivons, nous exercerons inévitablement une influence sur ce que notre public, voire le public en général, pense de l’art contemporain.

Who’s Who au MoMA
Administrateurs
Président-directeur général : Ronald Lauder, 53 ans, président-directeur général et président du conseil d’administration d’Estée Lauder, membre du conseil d’administration du MoMA depuis 1976. Présidente : Agnes Gund, 57 ans, collectionneuse et philanthrope, héritière d’une fortune bancaire de Cleveland, membre du conseil d’administration depuis 1976. Directeur : Glenn Lowry, 43 ans, islamiste diplômé de Harvard, ancien directeur de l’Art Gallery of Ontario, en fonction au MoMA depuis 1994.

Directeurs-conservateurs des différents départements
Directeur délégué et conservateur en chef : John Elderfield, 54 ans, conservateur au MoMA depuis 1975. Peinture et sculpture : Kirk Varnedoe, 50 ans, conservateur au MoMA depuis 1985. Dessins : Margitt Rowell, conservateur au MoMA depuis 1994 ; ancien conservateur au Centre Georges Pompidou (1983-1987 et 1991-1994) ; Reina SofÁ­a (1990-1991) ; Fundacio Joan Miró (1987-1989) ; Guggenheim (1969-1983). Imprimés et livres illustrés : Deborah Wye, conservateur au MoMA depuis 1979. Photographie : Peter Galassi, 46 ans, conservateur au MoMA depuis 1986. Architecture et design : Terrence Riley, ancien architecte, conservateur au MoMA depuis 1991. Cinéma : Mary Lea Bandy, conservateur au MoMA depuis 1976.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°35 du 4 avril 1997, avec le titre suivant : Entretien avec Glenn Lowry

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