Lundi 10 décembre 2018

Dix architectes en lice pour le nouveau MoMA

Le projet d’extension du Musée d’art moderne de New York est lancé

Le Journal des Arts

Le 1 mars 1997 - 988 mots

Dix architectes, dont les Français Dominique Perrault, auteur de la Bibliothèque François-Mitterrand, et Bernard Tschumi, ont été retenus dans la première sélection du concours pour l’agrandissement du Museum of Modern Art de New York (MoMA), l’un des plus grands projets muséaux de la fin du siècle. Au même moment, le syndicat des employés du MoMA s’inquiète des conditions de travail et dénonce la politique de bas salaires menée par le directeur du musée.

NEW YORK (de notre correspondant) - Pour de nombreux architectes, le chantier du nouveau Musée d’art moderne de New York constitue la commande de la décennie. Le terrain pourrait ne pas être libre avant l’an 2000. Le projet comprend à la fois une rénovation, une nouvelle construction et la conception de l’articulation entre les différents espaces ainsi créés. La liste des dix architectes invités réserve quelques surprises. Dans une profession où la carrière "commence à cinquante ans", comme l’a dit un jour Mies Van der Rohe, plusieurs des candidats sont relativement jeunes. Peu ont dessiné un grand musée, et moins de la moitié sont américains. D’éminents architectes sont absents. Ni Richard Meier (J. Paul Getty Museum, Musée d’art moderne de Barcelone), ni Charles Gwathmey (extension du Salomon R. Guggenheim Museum dans la 5e Avenue) ne figurent par exemple sur la liste finale, peut-être parce que leur nom est déjà attaché à des musées existants. Même si, dans un premier temps, on a demandé à Frank Gehry – dont le Musée Guggenheim de Bilbao ouvre en juin – d’envoyer quelques-uns de ses travaux, il n’a finalement pas été invité à soumettre un projet. Peter Eisenman (Cincinnati Museum of Art) n’est pas non plus parmi les postulants, bien que le directeur du MoMA, Glenn Lowry, l’ait cité en octobre dernier lorsqu’il a défini la commande du musée comme "une théorisation de l’espace, non une architecture en soi".

Décision en fin d’année
La liste des architectes retenus est la suivante : Wiel Arets, Rem Koolhaas (Pays-Bas), Toyo Ito, Yoshio Taniguchi (Japon), Domi­nique Perrault (France), Jacques Herzog & Pierre de Meuron (Suisse), et quatre agences new-yorkaises : Steven Holl, Bernard Tschumi, Rafael Vinoly, Tod Williams/Billie Tsien. Ils ont deux mois pour soumettre leurs plans, qui feront l’objet d’une présentation au musée. La liste sera réduite à trois candidats en mai, et le comité architectural du MoMA tranchera définitivement à la fin de l’année. Au moment même où le musée songe sérieusement à son futur schéma directeur, l’inspirateur nonagénaire de son architecture, Philip Johnson, connaît des problèmes de santé. Son rôle devait être important dans la sélection du projet final pour l’attribution de la commande. Sa maladie pourrait cependant laisser la décision aux administrateurs et à Glenn Lowry, qui a présenté le projet comme une "occasion de conceptualiser un musée moderne dans le contexte de l’avenir".

Une autre institution projette déjà de s’installer dans le même pâté de maisons. Le Museum of American Folk Art possède en effet une parcelle de trente mètres sur douze à l’ouest du MoMA. Ce dernier n’a pas réussi à dissuader le musée de construire sur ce site, et le chantier pourrait  s’ouvrir d’ici un an. Or, ce quartier dispose de peu de surfaces libres. L’une des solutions préconisées par les architectes consisterait à démolir l’hôtel Dorset afin de pouvoir construire un nouveau bâtiment doté d’espaces plus larges et plus facilement adaptables. Ceci pourrait cependant se révéler impossible car l’hôtel Dorset occuperait déjà un emplacement supérieur à celui accordé par la réglementation urbaine et, une fois l’hôtel détruit, le musée pourrait être contraint de bâtir un édifice plus petit à sa place !

Promesses verbales
L’extension implique également l’expulsion des locataires des immeubles acquis par le musée. Cette méthode brutale n’est pas sans choquer les membres de la PASTA (Professional and Admi­nistrative Staff Association), le syndicat qui représente les employés du MoMA. Fin janvier, le musée et la PASTA n’avaient toujours pas renouvelé leur convention, expirée en octobre 1996. L’avocat du musée, Robert Batterman, fait valoir que la PASTA a tardé à soumettre ses propositions pour les négociations, alors que l’association  accuse le musée de prolonger délibérément le processus depuis que les deux parties ont commencé à négocier. Cette impasse a entraîné un jour de grève retentissant, le 17 décembre. Les discussions portent sur les salaires et la sécurité de l’emploi. Batterman déclare que la priorité du MoMA est l’équilibre de son budget, mis en péril par les revendications du personnel. La PASTA veut s’assurer qu’il n’y aura pas de compression de personnel au moment où le musée s’agrandit. Elle n’a pourtant obtenu jusqu’ici de Glenn Lowry que des promesses verbales.
Sceptiques, les négociateurs de la PASTA rappellent que ce même Lowry a traité la crise budgétaire de l’Art Gallery of Ontario en licenciant la moitié du personnel. Virginia Dodier, dirigeante de la PASTA, redoute des tentatives pour briser son association, seul syndicat de musée à New York qui soit organisé professionnellement.

Des salaires modestes
Les atermoiements de l’administration mettent en lumière la nature des conditions de travail dans les musées américains. Les salaires du secteur public sont relativement bas aux États-Unis (excessivement au MoMA, selon la PASTA), et les administrateurs supposent sans doute, avec quelque hypocrisie, que ces sacrifices sont la marque de la bonne volonté de leurs employés. "Un bas salaire équivaut à une subvention, déclare James Abruzzo, spécialiste de l’administration des musées chez A. T. Kearney à New York. En fait, on découvre que dans nombre de musées, les principaux ‘donateurs’ sont les membres les plus jeunes du personnel, par le biais de leurs bas salaires". Quant aux donateurs, ils ne favorisent généralement pas les musées qui accroissent leur budget de fonctionnement au bénéfice des salariés. Les bienfaiteurs, et le MoMA est l’un des musées d’Amérique qui en compte le plus, tendent à soutenir les projets de construction ou d’acquisition susceptibles de porter leur nom. Subventionner la galerie John J. Smith est une chose ; subventionner le gardien John J. Smith en est une autre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°34 du 1 mars 1997, avec le titre suivant : Dix architectes en lice pour le nouveau MoMA

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