Monuments

Des archives en lieu sûr

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 13 novembre 2013 - 792 mots

Installée dans des locaux provisoires à Charenton depuis 2008, la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine s’apprête à intégrer ses locaux définitifs.

CHARENTON-le-PONT - Début 2014, la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine parachèvera son installation à Charenton (Val-de-Marne), mettant un point final à un déménagement complexe. En 2006, la commission des finances de l’Assemblée nationale impose au ministère de la Culture – qui doit participer au financement du regroupement de certains de ses services dans l’immeuble des « Bons-Enfants » (Paris-1er) – la vente des hôtels particuliers de Vigny et de Croisilles, dans le Marais, qui abritent depuis les années 1980 la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine. C’est sans projet de relogement que Jean-Daniel Pariset, directeur de ce service public, et ses équipes, sont invités à plier bagage avant le 31 décembre 2008 sous peine de voir la Rue de Valois subir des pénalités à hauteur de 5 millions d’euros.

En 2007, une solution se présente : le site charentonnais de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris - Val-de-Seine, ancien séminaire de Conflans et propriété de l’État, libère ses locaux pour une mutualisation de ses espaces à Paris. Après cinq à six mois de travaux et un déménagement en urgence pour un coût de 3,5 millions d’euros, la médiathèque s’installe dans l’édifice fin 2008. Jouxtant parc, vignes et chapelle du XIXe siècle, le bâtiment ne manque pas de charme. Ni d’avantages : excentré mais accessible en métro, bénéficiant d’une surface de 9 500 m2 (contre 2 090 m2 pour Vigny-Croisilles), il attire le projet d’un vaste pôle patrimonial accueillant plusieurs services et institutions autour de la médiathèque.

« Budget serré »
Un pôle qui bénéficie d’un budget de 22 millions d’euros, soit 85 % des 26 millions d’euros de la vente de l’hôtel Vigny-Croisilles. « Un budget serré ne prévoyant aucun dépassement », précise Manuel Bamberger, directeur du programme pour le ministère de la Culture. De février à mars 2014, la médiathèque quittera son installation provisoire et sera redéployée dans des espaces transformés depuis mai 2012 par l’architecte Pierre-Louis Faloci. Les restructurations sont importantes sur cet immeuble non protégé, bâti au XVIIe siècle mais reconstruit et agrandi au XIXe siècle : pose de charpentes métalliques, enveloppement d’une des façades d’une double peau de verre, recomposition des espaces internes… Par un système d’emboîtement, des espaces de conservation d’archives et des bureaux seront suspendus au-dessus de la bibliothèque et de la salle de lecture.

Les documents rattachés à la médiathèque et stockés au fort de Saint-Cyr (Montigny-le-Bretonneux, Yvelines) seront ainsi pour la plupart conservés à Charenton. Une manière de répondre à la suppression du monopole des architectes en chef des Monuments historiques en 2007, et à ses conséquences. Les travaux sur monuments classés n’appartenant pas à l’État étant désormais ouverts à un plus grand nombre d’architectes, il est en effet devenu nécessaire de rendre plus accessibles les documents concernant les édifices protégés au titre des monuments historiques.
Si une part importante des tirages des fonds photographiques du ministère rejoint Charenton, les négatifs sur support souple ou sur plaque de verre – lourds, encombrants et peu demandés – resteront au fort de Saint-Cyr. Y demeureront également les documents trop précieux pour être communiqués régulièrement, tels les tirages anciens de la Mission héliographique de 1851 dirigée par Prosper Mérimée ou les relevés de peintures murales. « Qui sont quasiment tous en ligne », précise Jean-Daniel Pariset, dont la médiathèque alimente les bases de données Mérimée, Palissy et Mémoire du ministère de la Culture.

Occupants en suspens
Le comité du patrimoine cultuel, le Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture et la donation Jacques-Henri Lartigue, orphelins de Vigny-Croisilles, ont déménagé à Charenton avec la médiathèque en 2008. Ces premiers occupants du pôle patrimonial seront rejoints au premier semestre 2014 par Icomos International et France (Conseil international des monuments et des sites). La Société française d’archéologie, qui devait originellement compléter le tableau, est en attente : elle devra peut-être céder sa place au Centre national d’archéologie urbaine (CNAU) dont le bail le reliant à la municipalité de Tours arrive à terme. « Le CNAU aura la priorité pour s’installer à Charenton, explique Manuel Bamberger. Nous attendons que les groupes de travail décident de sa future implantation ».
 
Hall d’accueil, auditorium de 250 places et salles de réunion seront à la disposition de tous les occupants du pôle patrimonial pour organiser conférences ou autres manifestations temporaires. Aucun espace d’exposition permanente n’est en revanche prévu, pas même pour l’œuvre du photographe Lartigue, qui avait réclamé à l’État cette disposition lors du don de son fonds en 1979. L’idée de présenter la collection dans un immeuble situé vers Bastille, qui aurait dû se concrétiser au printemps 2011 , aurait du plomb dans l’aile selon un représentant de la donation.

Légende photo

Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont. © Agence Faloci.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°401 du 15 novembre 2013, avec le titre suivant : Des archives en lieu sûr

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