Dimanche 21 octobre 2018

Crustumerium contre les « tombaroli »

Le Journal des Arts

Le 4 février 2000 - 567 mots

L’ancienne cité romaine de Crustumerium, près de Rome, est la scène de pillages organisés depuis le milieu du siècle ; les archéologues estiment qu’un millier de sépultures ont été visitées par les « tombaroli » ont cours des vingt dernières années. Malgré des fouilles officielles en cours depuis 1987 et la récente demande de restriction des importations d’objets archéologiques introduite par l’Italie auprès des États-Unis, la protection du site demeure le cœur du problème.

ROME - Dans la campagne autour de Settebagni, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Rome, les tombaroli cherchent les trésors de Crustumerium. Objet de convoitise dès le Ier siècle, c’est une des rares cités antiques dont les vestiges du IXe au VIe siècle av. J.-C. ne sont pas ensevelis sous des constructions récentes. Les fouilles sont par conséquent d’une simplicité enfantine. Après avoir repéré les lieux, les tombaroli creusent à l’aide d’outils rudimentaires qui détruisent les chambres funéraires et une partie des objets, supprimant ainsi de précieuses indications archéologiques. Seuls les intéressent les céramiques et les bijoux, les bronzes étant trop délicats et coûteux à restaurer. Régulièrement, des objets réapparaissent sur le marché, comme, en 1988, des céramiques restituées à l’Italie – après avoir été identifiées dans une exposition – par la galerie Antiquarium Ltd., à New York. L’an dernier, des pièces ont été repérées dans la collection d’une fondation toscane constituée à partir de stocks de marchands, ainsi que dans un musée suisse qui exposait des collections privées. Même s’il est impossible de prouver la provenance des céramiques, leurs anses en crête, parfois décorées de trois pointes, constituent un signe distinctif et unique, révélant avec certitude leur origine.

Les pilleurs connaissent le site depuis le milieu du siècle, mais les archéologues n’y ont accédé qu’en 1974 et ont alors dénoncé les fouilles illicites. En 1987, l’État italien a lancé une campagne : à ce jour, quatre-vingts tombes contenant chacune de quinze à quarante vases funéraires ont été dégagées. Comme, par manque de moyens, le contrôle de l’ensemble du site ne peut pas être assuré, ce sont des policiers volontaires qui surveillent les chantiers de fouilles officiels. Pour protéger ce genre de site, l’Italie a présenté aux États-Unis une demande de restriction des importations d’objets archéologiques (lire le JdA n° 91, 22 octobre 1999). Outre une collaboration internationale, les spécialistes cherchent à établir des accords de coopération avec les fermiers vivant sur les lieux. Mais obtenir un renseignement relève du défi : la culture du silence règne, personne n’ayant signalé d’activité suspecte en quarante-cinq ans. Quand ils ne conservent pas chez eux leurs découvertes, les fermiers sont rémunérés par les tombaroli pour les écouler. Francesco di Gennaro, l’archéologue responsable des fouilles à Crustumerium, parle “d’archéologie de l’information” en évoquant le long processus pour gagner la confiance des habitants et glaner des informations sur les activités des pilleurs. Les opérations “coup de poing” peuvent même aller à l’encontre du but recherché : en 1997, la Surintendance a saisi un ensemble de vases chez un fermier sarde qui a obstinément refusé de révéler le lieu de sa découverte. L’année dernière, une sélection de tombes a été ouverte au public et, prochainement, une ferme devrait abriter un musée avec les objets découverts, récupérés ou restitués. Les spécialistes se prennent à espérer que ce lieu, surveillé jour et nuit, dissuadera les pilleurs, qui pourtant se sont montrés fort inventifs au cours d’un demi-siècle de méfaits.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°98 du 4 février 2000, avec le titre suivant : Crustumerium contre les « tombaroli »

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