Mécénat

Chantilly sous les auspices de l’Aga Khan

La restauration du Hameau signe le coup d’envoi des travaux du parc du château.

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 28 octobre 2008

CHANTILLY - En attendant la restauration de la grande perspective Le Nôtre, qui devrait être achevée au printemps prochain, le parc du château de Chantilly retrouve peu à peu son éclat.

Très altéré par son manque d’entretien pendant de longues années, cet ensemble de 115 hectares fait, en effet, l’objet d’une vaste campagne de remise en état, menée sous la direction de Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques (ACMH). « Pour augmenter la fréquentation du domaine en dehors du château, où les collections sont fragiles, il nous faut nous déployer vers le parc », explique Danièle Clergeot, directrice générale de la Fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly. En 2007, la fréquentation du domaine a crû de 10 % pour atteindre les 400 000 visiteurs et pour la première fois, le résultat d’exploitation a connu une embellie, même s’il demeure négatif. Derrière la Fondation, se cache un partenariat public-privé (PPP), attelage associant l’Institut de France, propriétaire du domaine, l’État, le département de l’Oise et la Région Picardie à un mécène, et non des moindres, son altesse le Prince Karim Aga Khan IV, chef spirituel des Ismaéliens, dont les bureaux et la résidence se trouvent à quelques kilomètres du château (lire le JdA n°211, 18 mars 2005). Le mécène s’est engagé à verser 40 millions d’euros à la Fondation pour qu’elle puisse restituer à l’Institut, dans 20 ans, « un domaine restauré et économiquement viable ». Sollicité à plusieurs reprises par l’Institut, l’Aga Khan a fini par céder aux appels en 2004. Pour lui, le domaine était le maillon indispensable pour revitaliser Chantilly et sauver l’hippodrome – menacé de fermeture avec seulement vingt-trois jours de courses par an – où ses purs sangs s’illustrent régulièrement. « Il s’agit ici de la seule opération menée en Occident par le prince, mais il est habitué à cela dans d’autres régions du monde, poursuit Danièle Clergeot, transfuge du secteur privé chargé de porter la vision de l’Aga Khan au sein de la Fondation. L’objectif est de créer une économie en capitalisant sur le patrimoine culturel. Sauf qu’à Chantilly, les contraintes sont importantes ». Pour mener à bien ce projet, le prince, très impliqué personnellement, a toutefois voulu avoir les mains libres. Tous les employés du domaine ont ainsi été placés sous la responsabilité de la Fondation et le Musée vivant du Cheval, logé dans les Grandes écuries, dont le potentiel n’a échappé à personne. « Auparavant, chacun travaillait de son côté, souligne Danièle Clergeot. Nous avons fédéré ces différents éléments avec l’idée de promouvoir la notion de domaine ». Une émanation de la Fondation devrait ainsi bientôt récupérer la gestion de l’hippodrome hors jours de courses – il appartient également à l’Institut –, ce qui permettrait d’y développer l’accueil d’événements.

Un espace animalier
La restauration du parc, où la fondation envisage de créer un espace animalier consacré à la biodiversité locale, participe donc de cette volonté d’accroître l’offre. Après la réhabilitation du réseau hydraulique, ce sont trois des maisonnettes du hameau qui viennent d’être restaurées dans leur état du XVIIIe siècle, à partir d’un document iconographique ancien, l’Album du Comte du Nord, offert au 1784 par le prince de Condé au futur Tsar Paul Ier. Historiquement, ces petites maisons à pans de bois couvertes de chaume, dont les luxueux décors ont malheureusement disparu, sont un jalon important. Elles ont été construites en 1775 par Jean-François Leroy, soit huit ans avant le hameau de Marie-Antoinette à Versailles. En matière de travaux, le château n’est toutefois pas en reste. Après la Grande Singerie (lire le JdA n° 275, 15 février 2008), les soubassements sont en cours de restauration et les Grandes écuries vont bientôt faire l’objet d’une grande campagne. Pour Danièle Clergeot, « la plus grande difficulté consiste à imposer un rythme ». Au risque de dénaturer ce fleuron du patrimoine national ? « L’Institut est toujours là », rappelle Nicole Garnier, responsable des collections du Musée Condé. L’histoire semble donner raison au duc d’Aumale (1822-1897). En choisissant de léguer, en 1884, sa formidable collection d’œuvres d’art et son domaine à l’Institut de France – contre l’engagement d’interdire les prêts et les transformations –, le cinquième fils de Louis-Philippe faisait l’objet d’une étonnante clairvoyance. Il se défiait de la capacité de l’État à garantir la pérennité et l’inaliénabilité de ce patrimoine. Si certains établissements publics louent aujourd’hui leurs œuvres, jamais les Clouet, Raphaël, Poussin et autres manuscrits précieux de Chantilly ne s’envoleront pour l’étranger. Et ce, avec ou sans l’Aga Khan.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°290 du 31 octobre 2008, avec le titre suivant : Chantilly sous les auspices de l’Aga Khan

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