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Avignon restaure son Palais

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 1 avril 2005

Les délicates fresques exécutées par Matteo Giovannetti au Palais des papes vont être entièrement nettoyées.

AVIGNON - Commandées par le pape Clément VI en 1344, les fresques de la chapelle Saint-Martial du Palais des papes d’Avignon vont retrouver une nouvelle jeunesse d’ici à la fin 2006. Ce cycle de peintures, recouvrant les parois et la voûte de la chapelle, a été exécuté a fresco par Matteo Giovannetti, puis a été complété par des parties à sec et rehaussé de pâtes et de feuilles métalliques. Autant de matières qui n’ont pas vieilli de façon identique… En outre, les différents usages de la chapelle au XIXe siècle et des infiltrations d’eau ont abîmé les peintures murales et leurs enduits. Il faudrait aussi évoquer les précédentes restaurations et retouches qui dénaturent l’ensemble. Sous la houlette de Didier Repellin, architecte en chef des monuments historiques, les opérations, qui ont commencé en février, vont consister à consolider les enduits et les purger des colmatages anciens, nettoyer et éliminer les repeints, résoudre les problèmes d’adhésion de la couche picturale et, enfin, restaurer les parties les plus abîmées, en concertation avec un comité scientifique. Les travaux, d’un coût total de 480 000 euros, seront financés à part égale par l’État (direction régionale des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur)et la Ville, qui versent chacune 190 000 euros, mais aussi par la Fondation BNP Paribas, qui, forte de son expérience dans le domaine du mécénat (lire le JdA n°206, 7 janvier 2005), participe à l’opération à hauteur de 100 000 euros. Les travaux, qui viennent tout juste de démarrer, devraient durer près de deux ans. Les visiteurs pourront ensuite admirer à nouveau les scènes relatant la vie de saint Martial. Particulièrement vénéré dans la région du Limousin, dont était originaire Clément VI, saint Martial était considéré comme l’évangélisateur du centre de la Gaule, mais aussi comme un véritable apôtre. Il aurait assisté, enfant, à la prédiction du Christ et côtoyé saint Pierre.

Témoignage unique
De formation siennoise, partisan du trompe-l’œil architectural, passionné par la couleur, la lumière et les petits motifs géométriques à répétition, Matteo Giovannetti a poursuivi à la cour pontificale d’Avignon ses recherches plastiques. S’intéressant particulièrement au traitement de l’espace, il a adapté les scènes peintes à l’architecture même de la chapelle, jouant avec l’épaisseur des parois pour mettre en valeur les personnages sur les ébrasements des fenêtres. Pour réaliser les visages, le peintre a repris les traits des gens de la cour et de la rue. En 1346, année où il achève le cycle de Saint-Martial, Giovannetti devient le peintre officiel du Palais des papes. Il dirige les chantiers de décoration des nouvelles salles du palais pontifical, tout en réalisant parallèlement des retables et des tentures peintes. De toutes les commandes qu’il a reçues ne subsistent aujourd’hui que quelques petits panneaux. Les fresques de la chapelle Saint-Martial constituent un témoignage unique de ce peintre novateur, dont les historiens perdent la trace après 1368.

Daumier restauré

Outre les fresques de Giovannetti au Palais des papes, la Fondation BNP Paribas vient de participer à la restauration de 36 bustes-charges des Célébrités du Juste Milieu d’Honoré Daumier (1808-1879), conservés au Musée d’Orsay. Figurant des députés, des pairs de France ou des proches de l’artiste, ces bustes ont été réalisés entre 1832 et 1835 à la demande de Charles Philipon, fondateur des journaux satiriques La Caricature et Le Charivari, opposés à la monarchie de Juillet. Ces œuvres, d’une grande fragilité, ont subi un nombre important de restaurations – en 1878, 1927, 1969 et 1979 – si bien qu’on ne distinguait plus le travail de Daumier des interventions postérieures ! Pour retrouver leur état originel, les restauratrices ont travaillé avec des photographies très détaillées des bustes, prises en 1861. Après nettoyage, ces terres crues peintes à l’huile ont pu retrouver tout le raffinement de leur polychromie première. Une étude systématique de chaque pièce avait été menée au préalable par le C2RMF (Centre de recherche et de restauration des Musées de France). Les Célébrités seront exposées au Musée d’Orsay du 25 mai au 28 août, aux côtés des lithographies qu’elles ont inspirées.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°212 du 1 avril 2005, avec le titre suivant : Avignon restaure son Palais

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