Lundi 10 décembre 2018

Albanie : Butrint saccagé

Musées et sites archéologiques victimes des émeutes

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 18 avril 1997 - 431 mots

Les émeutes en Albanie n’ont pas épargné le célèbre site archéologique de Butrint, qui a été pillé et saccagé. Seul site albanais inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, surplombant un isthme grandiose dans l’extrême sud du pays, face à l’île grecque de Corfou, Butrint recevait environ 20 000 visiteurs par an. Il figurait en première place parmi les sites que le pays voulait mettre en valeur pour assurer son développement touristique.

TIRANA - Fondée par les Grecs, Butrint est réputée pour ses ruines médiévales, byzantines et romai­nes. Un baptistère byzantin du VIe siècle, à plan circulaire et sol en mosaïque, est son monument le plus célèbre. Un théâtre romain, une grande basilique et un palais justinien étaient également bien conservés jusqu’au déclenchement des émeutes. "Bu­trint représente un mélange unique de cultures grecque, romaine, byzantine, illyrienne et vénitienne remontant au cinquième siècle avant J.-C. Ce saccage est un grand malheur pour l’Albanie et le monde", s’est désolé le directeur du Centre archéologique d’Albanie, Namik Bodinaku. "Les voleurs connaissaient la valeur de leur butin, ajoute-t-il. Des têtes de statues ont été soigneusement découpées, puis les corps saccagés".

Le musée, installé dans une forteresse vénitienne restaurée, a été entièrement pillé par les bandes armées qui règnent en maître dans la région de Saranda depuis le début de la rébellion dans le sud du pays. Les vitrines contenant les monnaies, les statuettes et les poteries ont été vidées, ainsi que les réserves. Il est aujourd’hui ouvert à tous les vents, les portes ayant disparu. Par chance, avant l’insurrection, une collection de 120 monnaies avait été transportée à Athènes pour être restaurée au Musée numismatique. La célèbre mosaïque du théâtre antique a été détruite alors que des archéologues albanais et étrangers travaillaient à sa restauration. Le musée de la ville portuaire de Durres, qui contenait des objets témoins de la culture autochtone illyrienne, a lui aussi été vidé de son contenu. "Tous les autres musées du pays sont en danger : ils ne sont plus gardés, personne ne se soucie actuellement de la culture nationale", déplore Namik Bodinaku.

Des archéologues étrangers, notamment britanniques, travaillaient sur le site. Soutenus financièrement par la Fondation Rothschild, ils avaient établi avec l’Institut archéologique de Tirana un programme qui organisait la reprise des fouilles et prévoyait l’ouverture d’un parc archéologique. Ils étudiaient une restructuration du musée avec la création d’un auditorium, tout en essayant d’empêcher toute nouvelle construction dans la zone limitrophe. Avant même la désintégration de l’État, Butrint était déjà régulièrement victime de vols de la part de trafiquants écoulant leur marchandise en Grèce et en Europe.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°36 du 18 avril 1997, avec le titre suivant : Albanie : Butrint saccagé

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