Lundi 10 décembre 2018

Musée

Emploi

Agents d’accueil et de surveillance des musées

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 28 avril 2006 - 804 mots

Ceux que l’on appelait autrefois les gardiens de musée pourraient voir leur métier évoluer vers d’autres missions, grâce au développement de la vidéosurveillance.

Certes, les affres de la solitude du gardien de musée ont inspiré quelques artistes, dont l’indiscrète Sophie Calle dans sa fiction Une jeune femme disparaît (2003). Mais, s’il est un métier dont l’importance n’est pas proportionnelle à la reconnaissance publique, c’est bien celui d’agent d’accueil et de sécurité, terme politiquement correct désormais utilisé pour désigner le personnel préposé à la surveillance des trésors des musées. Car, si la sécurité est fustigée dès qu’un vol a lieu dans un établissement – et ils sont plus fréquents qu’on ne le croit –, le personnel qui s’en occupe est rarement valorisé au sein du musée. Les missions de ces agents sont également très clairement définies. Il s’agit de veiller aux œuvres, mais aussi d’accueillir le public, voire de l’orienter et de le renseigner, tout en s’attachant à faire respecter les règles de sécurité et le règlement de visite. Un rôle coercitif qui s’avère parfois difficile à assumer. Enfin, en fonction de la taille de l’établissement, certaines tâches d’entretien ou de manutention peuvent s’adjoindre à ces missions classiques.

Médiation envers le public
Sur le papier, le métier est donc invariable d’un musée à l’autre. Pourtant, dans les faits, le travail n’aura rien d’identique au Musée d’Orsay, à Paris, où il faut savoir gérer le flux de milliers de visiteurs quotidiens selon une organisation souvent très précise, et dans un musée tel que Carnavalet, également à Paris, où l’on ferme des salles faute de chauffage les jours de grand froid… Les recruteurs affichent toutefois clairement les contraintes inhérentes au métier. Il s’agit notamment d’être capable de supporter une station debout prolongée, même si, fort heureusement, les sièges se sont multipliés dans les musées, évitant ainsi aux gardiens de devoir constamment céder leur chaise à des visiteurs fatigués. Des consignes vestimentaires – qui consistent souvent à porter du noir – sont par ailleurs exigées dans la plupart des musées. Mais, selon le Centre national de fonction publique territoriale, la contrainte la plus lourde est « liée à l’absence d’activités durant la surveillance ». Certains musées, très fréquentés, interdisent même à leur personnel de pratiquer la lecture. D’autres, où les visiteurs ne se pressent pas, sont plus souples. « Le plus dur, avoue un ancien vacataire, c’est la grande vacuité intellectuelle de la fonction. » D’où certaines dérives comportementales qui ont fait la triste réputation des gardiens de musées : dépression, comportements agressifs, alcoolisme au travail…
Afin d’endiguer ce phénomène, le recrutement s’est récemment diversifié. D’une part, les musées ont choisi de recourir plus volontiers aux vacataires pour de courtes durées, puisés dans le vivier des étudiants, artistes ou conférenciers en quête de revenus complémentaires et attirés par la souplesse des horaires diurnes ou nocturnes. Pour les établissements, ce statut précaire permet aussi d’assurer un roulement de personnels non statutaires, moins coûteux en charges sociales. Car les gardiens bénéficient en règle générale du statut d’agents qualifiés de catégorie C de la fonction publique. Si le recrutement ne se faisait que sur concours jusqu’en 2002, le dispositif s’est désormais assoupli, comme pour tous les agents de cette catégorie. Les besoins sont en effet importants, comme en témoignent les nombreuses fermetures de salles par manque de personnel, et les vocations restent rares. C’est entre autres pour cette raison que plusieurs établissements réfléchissent aujourd’hui à une évolution de ces métiers ingrats. Dès sa création, le Centre Pompidou, à Paris, avait en effet souhaité élargir la mission de ses agents à des fonctions de médiation envers le public. Trop souvent, en effet, celui-ci se plaint de ne pas pouvoir obtenir une once d’information sur les collections ou sur le musée de la part des gardiens. Comment s’en étonner, toutefois, lorsque la plupart de ces employés ne reçoivent aucune formation précise ?
L’amélioration des systèmes de surveillance, et notamment la multiplication de la vidéo, pourraient permettre d’envisager une évolution notable de ces métiers. Laboratoire de multiples expériences, le Palais de Tokyo, à Paris, a ainsi d’ores et déjà inauguré une formule à contre-pied : pour un grand nombre d’expositions, ce sont les médiateurs qui assurent la surveillance des œuvres, par ailleurs souvent interactives. Pour David Cascaro, responsable du service des médiateurs, « la profession est amenée à disparaître, car les moyens techniques peuvent désormais assurer la protection. La question de la sécurité doit donc être minorée au profit d’un personnel d’accueil très adapté et polyglotte, car il y a là un potentiel humain très fort. Et, avec l’explosion de la fréquentation des musées, il faudrait offrir davantage de services aux visiteurs, en prenant exemple sur certaines boutiques de luxe ». Quand à la sécurité des pièces très précieuses, le recours aux « gros bras » des sociétés privés de gardiennage s’est déjà répandu.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°236 du 28 avril 2006, avec le titre suivant : Agents d’accueil et de surveillance des musées

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