Dimanche 18 novembre 2018

un jury populaire pour l'art contemporain

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 1 décembre 2006 - 333 mots

Chaque remise du prix Marcel Duchamp suscite au mieux deux ou trois e-mails vengeurs adressés aux rédactions et quelques toussotements dans le microcosme parisien de l’art contemporain. Malheureusement cette jeune distinction n’intéresse pas ou peu les grands médias. La faute à qui ? D’abord à la trop grande multiplicité des prix qui récompensent les artistes actuels. Quels que soient les efforts méritoires de leurs promoteurs (Altadis, Alcatel, HSBC, Guerlain, Ricard…), leur nombre fragmente d’autant leur notoriété, dans un monde culturel où il faut parler de plus en plus fort pour être entendu.
Ensuite, parce que le fonctionnement du jury de l’Adiaf (Association pour la diffusion internationale de l’art français) est trop élitiste. Une poignée de collectionneurs privés établissent la liste des artistes nominés, parmi lesquels sept jurés seulement choisissent le lauréat. Le public, déjà circonspect à l’égard de l’art contemporain, se sent exclu. Dès lors les grands médias font l’impasse.
Le salut ne peut passer que par la mise en place d’un vote du public. Outre-Manche, son équivalent, le Turner Prize, a choisi avec succès le jugement populaire. Les nominés sont exposés dans un lieu ouvert et gratuit. Les visiteurs aiment ou n’aiment pas, le font savoir, débattent, polémiquent et votent. La télévision s’empare du phénomène et le cercle vertueux de la notoriété s’emballe.
On objectera que les jurys  des grands prix littéraires (Goncourt, Renaudot…) sont des cénacles fermés et que cela n’empêche pas leur forte médiatisation. Certes, mais d’une certaine façon les lecteurs votent a posteriori en achetant les livres des lauréats. Et là les enjeux se chiffrent en centaines de milliers d’exemplaires. Ce n’est plus un prix, cela devient un fait de société.
Le musée du Jeu de paume vient de créer un nouveau (!) prix de la photographie contemporaine qui associe le public. L’initiative, parrainée par L’œil et Le Journal des Arts, est positive et mériterait une meilleure exécution pour atteindre ses objectifs. L’œil qui milite pour une démocratisation de l’art ne peut qu’encourager les jurys populaires de la création.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : un jury populaire pour l'art contemporain

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