Vendredi 19 octobre 2018

Éditorial

Trésor « national »

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 14 février 2017 - 343 mots

L’opinion, alertée par les médias, est depuis longtemps sensibilisée à la question des œuvres d’art d’importance qui quittent ou pourraient quitter le sol national. C’est ce que nous rappelle l’« affaire » de La Diseuse de bonne aventure de Georges de La Tour que nous racontons dans ce numéro (p. 36). Ce fut effectivement une « affaire » dont s’emparèrent à l’époque des députés contre André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, non sans visées politiques. Le tableau fut vendu au Metropolitan Museum of Art de New York par le marchand Georges Wildenstein. En réalité, et le JdA le relatait aussi en 2015, il y a un précédent, qui lui s’est bien terminé. L’Angélus de Millet, qui faillit quitter la France pour les États-Unis, fut « sauvé » in extremis par Alfred Chauchard, cofondateur des Grands Magasins du Louvre, qui l’acheta pour une somme record en 1890. L’œuvre fut léguée au Louvre à sa mort en 1909. Le point commun entre ces deux tableaux est qu’ils furent peints par des artistes sur le sol français. Depuis, la notion de « trésor national » a quelque peu évolué. Cette désignation qui empêche un bien culturel de sortir du territoire pendant trois ans, le temps que des musées trouvent les fonds nécessaires à son acquisition, tend à concerner également des œuvres réalisées ailleurs qu’en France. On se souvient des Trois Grâces de Lucas Cranach, tableau acheté par le Louvre en 2010 pour la somme de 4 millions d’euros, et plus récemment, en 2016, du Rembrandt acquis pour la somme record de 80 millions d’euros grâce au mécénat de la Banque de France. Un mécénat qui n’en est pas vraiment puisque c’est l’État qui en a payé 90 % par le biais d’une réduction fiscale. L’année 2016 est à cet égard un record pour les réductions d’impôts dues à l’achat de trésors nationaux, avec un montant historique de 86 millions d’euros contre une moyenne sur les dix ans précédents de 15 millions d’euros. Mais ce qu’il faut retenir ici, c’est la volonté de conserver en France, même au prix fort, des jalons universels et pas simplement français de l’histoire de l’art.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°473 du 17 février 2017, avec le titre suivant : Trésor « national »

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