Vendredi 14 décembre 2018

Testament artistique

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 9 janvier 2004 - 280 mots

La question des successions, qu’elles soient des artistes, de leurs ayants droit ou de collectionneurs, se relève toujours délicate dès lors qu’est en jeu la gestion d’un important patrimoine, culturel et financier. Celle de Giacometti en est une parfaite illustration. Ainsi, après des années de discorde, la Fondation Alberto-et-Annette-Giacometti, dont la création était souhaitée dans le testament de la veuve de l’artiste dès 1990, vient-elle à peine de voir le jour, le 15 décembre dernier. Depuis longtemps, des tensions existent en effet entre l’association de préfiguration de la fondation, les héritiers d’Annette Giacometti, l’exécuteur testamentaire et l’administratrice judiciaire de la succession. Et, dans l’ombre, des conservateurs de musée auraient préféré une dation plutôt que la constitution d’une fondation contrôlant un grand nombre d’œuvres de l’artiste. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si c’est une conservatrice du patrimoine qui a finalement été nommée directrice de cette nouvelle institution…
De l’autre côté de l’Atlantique, le docteur Barnes pourrait bien se retourner une nouvelle fois dans sa tombe. Le testament du collectionneur avait déjà été défait par la justice pour autoriser au début des années 1990 la circulation dans de nombreux musées d’une exposition de sa collection, des chefs-d’œuvre auxquels l’amateur d’art avait toujours voulu limiter l’accès. Aujourd’hui, face à un déficit chronique, la fondation pourrait bientôt être conduite à quitter son siège historique de Merion pour venir rejoindre le centre-ville de Philadelphie (en Pennsylvanie), afin d’accueillir plus de visiteurs et de nouveaux mécènes… La survie de la fondation en dépendrait, selon les défenseurs de cette option, même si la volonté du docteur serait totalement bafouée… Face aux réalités économiques et politiques, les dernières volontés sont parfois bien difficiles à respecter !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°184 du 9 janvier 2004, avec le titre suivant : Testament artistique

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