Vendredi 13 décembre 2019

Testament

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 7 avril 2015 - 358 mots

Il est significatif que les deux derniers actes visibles de la présidence d’Alain Seban au Centre Pompidou aient concerné les recettes commerciales. C’est bien le grand enjeu des musées aujourd’hui. Entre la location d’œuvres et d’expositions (comme de son nom) à la ville de Málaga et l’augmentation d’1 euro du billet d’entrée à Paris, le Centre espère récolter entre 3 et 5 millions d’euros supplémentaires, soit environ 10 % de ses ressources propres. Mais ces deux leviers ont des rayons d’action limités. Les 100 000 œuvres de la collection du Musée national d’art moderne ne sont pas toutes des pièces maîtresses et il va lui être difficile de présenter des ensembles cohérents à Paris, à Metz et dans les futurs « Centre Pompidou provisoire » que l’ex-président voulait essaimer sur la planète.

L’augmentation du prix du billet, beaucoup plus simple à mettre en œuvre, est cependant tout aussi risquée. En dix ans, le billet d’entrée aux collections permanentes et aux expositions temporaires a augmenté de 40 % quand l’inflation, elle, n’a crû que de 14 %. L’élasticité au prix n’est pas infinie. À 14 euros, le prix du billet se situe entre les 11 euros du droit d’entrée au Musée d’Orsay (exposition temporaire comprise) et les 16 euros du Musée du Louvre (mais 12 euros pour les seules collections permanentes, beaucoup plus vastes au Louvre). Cela reste moins cher que les 25 dollars pour visiter le MoMA de New York (soit 18 euros au cours actuel du dollar et 23 euros il y a un an), mais l’on s’approche de la limite haute. La frustration des visiteurs risque même de monter d’un cran en mai lorsque l’exposition « Jeff Koons » et les salles d’art moderne (de 1905 à 1980) seront fermées. Serge Lasvignes, le nouveau président, peut aussi jouer sur les dépenses pour augmenter sa marge de manœuvre. Après en avoir bénéficié pendant de longues années, Alain Seban a glissé aux journalistes qu’il avait envisagé d’abandonner l’appartement de fonction qu’il occupe en face du Centre. Une belle peau de banane pour son successeur dont on va suivre attentivement les éventuels travaux de rénovation de son nouveau bureau.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°433 du 10 avril 2015, avec le titre suivant : Testament

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