Dimanche 21 octobre 2018

Restaurations exemplaires

L'ŒIL

Le 1 juillet 2004 - 489 mots

Les chantiers de restauration des monuments classés s’affirment régulièrement comme le conservatoire des métiers d’art et des savoir-faire anciens, ainsi que le montrent, à nouveau, deux grands chantiers : celui du Grand Palais et celui de Versailles (cf. la chronique d’Adrien Goetz, L’Œil n° 555).
Au Grand Palais, il s’agit de retrouver les volumes d’origine, de consolider les structures, de restaurer les verrières et les façades, mais aussi de reconstituer d’après des dessins, des photographies et des plans, les motifs ornementaux datant de 1900 dont certains avaient été ravagés par les éléments ou détruits lors d’une précédente rénovation du bâtiment dans les années 1970. Les Ateliers d’art français se sont attelés à cette tâche, relayant ainsi les ornemanistes du XIXe siècle et recréeront, entre autres, la grande gerbe florale du péristyle en cinquante-sept éléments, eux-mêmes composés de dix-neuf tronçons.
Le projet pour Versailles est plus grandiose – ce qui n’a rien de surprenant. Les travaux dureront au minimum cinq ans, ils nécessiteront l’intervention de multiples corps de métiers spécialisés et sont estimés à quelque 135 millions d’euros. La restauration des façades sur le jardin et sur les cours, et le rétablissement de la grille qui fermait la cour royale sous l’Ancien Régime (qui sera reconstituée d’après dessin), parachèvera, vers 2009, cette opération d’envergure pour le Grand Versailles.
Dans l’immédiat, dès septembre, il faudra se rendre à Versailles pour une autre restauration, celle de l’ancienne salle de bains de Louis XV, aménagée en 1771 dans un cabinet de l’appartement de Madame Adelaïde, la fille du roi. Menée sous la supervision des conservateurs du château Pierre Arrizoli-Clémentel et Christian Baulez, et de Frédéric Didier, architecte en chef des Monuments historiques, cette restauration rend tout leur éclat à des boiseries exceptionnelles sur le thème de l’eau, des joies de la baignade et de la pêche, exécutées en 1771 par l’atelier des frères Rousseau sous la direction d’Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi. L’Oréal, dont le mécénat a rendu possible ces travaux, a trouvé là un sujet particulièrement cohérent avec l’image de sa marque : aux Neptune, Vénus au bain, nageurs et pêcheurs chinois réalisés en trois tons d’or – or jaune, or vert, or citron –, répondent des trophées réunissant les accessoires du barbier et du coiffeur. La qualité de la dorure d’origine, une dorure à l’eau, n’a nécessité qu’un simple nettoyage rendant aux ors toute leur subtilité. La cheminée plus tardive (placée là du temps de Louis XVI qui avait transformé cette salle de bains en cabinet de travail), en marbre griotte d’Italie, ornée de bronze doré en 1786 par Pierre Gouthière, a également été rafraîchie, polie, lustrée. Là aussi, la qualité de la dorure n’a pas posé de problèmes de restauration majeurs : il a suffi de nettoyer, en tenant compte des techniques transmises depuis des siècles. La grâce et la beauté de ce décor, aux allures de paradis perdu, resplendissent à nouveau aujourd’hui grâce à ce savoir-faire des restaurateurs.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°560 du 1 juillet 2004, avec le titre suivant : Restaurations exemplaires

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