Question de sécurité

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 15 avril 2005

L’actualité vient cruellement le rappeler : malgré la vidéosurveillance, tous les systèmes de protection électronique et un gardiennage renforcé, des œuvres d’art continuent d’être volées. Ces jours derniers, c’est une toile de Renoir qui a été subtilisée dans les locaux de la maison de vente aux enchères Tajan, à Paris. Il y a huit mois, c’est l’un des plus célèbres tableaux du peintre norvégien Edvard Munch, Le Cri, qui a disparu des cimaises du Musée Munch d’Oslo. Dans un cas comme dans l’autre, les œuvres n’ont pas été retrouvées, même si dans la seconde affaire la police norvégienne a interpellé un suspect, a-t-on appris le 8 avril. Rien ne prouve qu’il est l’un des trois voleurs portant des cagoules qui ont dérobé la toile en plein jour le 22 août 2004, avant de s’enfuir. Rien ne permet non plus d’espérer retrouver rapidement l’œuvre, comme vient de le faire ce même 8 avril le Centre Pompidou avec un Picasso. La toile, Nature morte à la charlotte, datant de 1924 et estimée 2,5 millions d’euros, avait disparu depuis janvier 2004 des ateliers de restauration du Centre Pompidou, boulevard Ney, à Paris. À la réception du tableau, l’institution, par la voix de son président, Bruno Racine, a précisé que les dispositifs de sécurité avaient été « renforcés » dans ses ateliers pour être « plus rigoureux ». Nulle œuvre n’est pourtant à l’abri du vol, si ce n’est peut-être la Joconde, après l’épisode tragique de son vol le 21 août 1911 qui traumatisa la France. Depuis son retour en 1913, le tableau fait l’objet de soins renouvelés, comme en témoigne son nouvel écrin, la salle des États du Musée du Louvre où elle a pris ses quartiers le 5 avril, au milieu de la peinture vénitienne, un choix peu cohérent du point de vue de l’histoire de l’art. Certes, le caisson vitré qui abrite aujourd’hui le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci renvoie de multiples reflets qui en perturbent la contemplation, mais c’est sûrement le prix à payer pour en assurer plus encore la sécurité.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°213 du 15 avril 2005, avec le titre suivant : Question de sécurité

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