Jean-Michel Puydebat, directeur de PV2D

À propos du palmarès des musées

Le Journal des Arts

Le 16 juin 2015

Suite à la publication de votre 12e palmarès des musées dans le Journal des Arts n° 435 du 8 au 21 mai 2015 – exercice qu’il faut saluer en tant qu’une des rares tentatives faites en France pour permettre un accès aux données de fonctionnement des musées, dans leur très grande majorité par ailleurs publiques donc théoriquement ouvertes à la transparence – je tenais à vous faire part, en tant que consultant spécialisé dans les musées, des remarques quant à la méthodologie des indicateurs mis en œuvre pour établir ce classement.

Il est en effet assez surprenant que sur 64 critères d’évaluation, six seulement (soit 10 %) concernent la gestion ; sans que par ailleurs n’apparaisse dans lesdits critères le « taux d’autofinancement » des dépenses ou « taux de couverture » qui mesure l’apport des ressources propres (billetterie, boutiques, locatif, redevances et royalties, mécénat et partenariat) au fonctionnement des musées et donc finalement leur efficience à se passer des subventions… alors même que l’État a retenu ce critère dans les contrats d’objectifs de ces établissements publics muséaux. Ce taux supposerait que l’on demande aussi aux musées outre les ressources propres en valeur absolue (ce qui fait l’objet d’un des critères) les dépenses de fonctionnement, que certains des établissements (notamment ceux en régie municipale) ne savent pas vraiment évaluer en totalité (les personnels figurent sur le budget municipal, de même que les fluides, et le coût complet est souvent inconnu). Dans votre classement, on leur demande en revanche leurs dépenses d’exposition temporaire qui dépendent souvent de leur budget, mais pas les dépenses de communication (pourtant élément clé de la diffusion auprès des publics, deuxième objectif des musées depuis la loi sur les musées de France). Inconvénient de ce critère de ressources propres en valeur absolue, c’est que là aussi, il peut faire l’objet d’interprétations très libres, comme le montre l’analyse des ressources propres du MuCEM auquelle votre journaliste se livre, du fait de leur montant absolu (7,3 millions d’euros) et de leur forte augmentation relative ( 37 %) en les déclarant aussi efficientes que celles du Musée Jacquemart-André (musée appartenant à l’Institut de France géré en Délégation de service public par une société privée Culturespaces) du fait même qu’elles atteignent un montant quasi identique (7,4 millions d’euros, contre 7,3 millions d’euros).

Or, une simple analyse du rapport de la Cour des comptes récemment paru sur le MuCEM montre un écart de 1,3 million d’euros entre les ressources propres déclarées par cet établissement en 2013 dans votre enquête (si l’on en croit vos chiffres de 37 % de progression entre 2013 et 2014 et le montant de 2014 déclaré par le MuCEM à 7,3 millions d’euros, cela signifie un montant de 5,3 millions d’euros en 2013), alors que la Cour n’en a compté que 4 millions d’euros à la page 118 de son rapport, soit un écart de plus de 25 % ! En relatif, une simple analyse vous aurait permis de vous rendre compte que le taux d’autofinancement du MuCEM (17 % en réel en 2013 et 26 % en prévisionnel d’après la Cour, près de 30 % d’après votre enquête si l’on considère que les dépenses de fonctionnement sont toujours de 24 millions d’euros dans cet établissement, chiffres fournis par la Cour dans ce même rapport) n’a rien à voir avec celui du Musée Jacquemart-André qui, lui, est de 100 % : 7,4 millions d’euros issus de 95 % de visiteurs payants (326 000), soit un chiffre d’affaires par visiteur total triple de celui du MuCEM (qui, lui, est issu à 63 % de visiteurs payants, soit 407 000 sur 650 000… sans compter les deux tiers de badauds comptabilisés par cet établissement et qui ne rentrent dans aucune exposition : 2 millions de visiteurs au total) !


Jean-Michel Puydebat, directeur de PV2D et consultant spécialisé dans le management et le marketing des musées

Autofinancement

Si « seulement six critères » d’évaluation concernent la gestion, c’est qu’il est très difficile d’obtenir des données en cette matière. Contrairement à ce que l’on pourrait préjuger, les musées participants à l’enquête ont bien compris son utilité comparative et accordent de plus en plus de soin à le remplir. Mais la comptabilité publique analytique étant encore largement perfectible, il leur est très difficile de renseigner des données de gestion, comme vous le faites d’ailleurs remarquer. L’autofinancement est naturellement un ratio que le Journal des Arts souhaiterait mettre en avant pour aider les directeurs de musées et leur tutelle dans leur gestion. Je ne désespère pas d’y arriver un jour. La différence du montant des ressources propres du MuCEM entre les chiffres communiqués par le musée marseillais et ceux de la Cour des comptes s’explique sans doute par un problème de définition. Nonobstant ce point, je ne crois pas avoir écrit qu’elles étaient aussi « efficientes » que celles du Musée Jacquemart-André, mais du « même niveau » pour souligner la performance du MuCEM. Comparer le ratio d’autofinancement entre les deux institutions est plus délicat compte tenu du périmètre très différent des missions de chacun. L’un et l’autre se rejoignent cependant pour afficher des chiffres de fréquentation très flatteurs dont on ne peut que se féliciter. Merci de votre intérêt pour cette enquête qui chaque année suscite également de plus en plus de demandes hors de France. J.-C.C.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°438 du 19 juin 2015, avec le titre suivant : À propos du palmarès des musées

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