Jeudi 13 décembre 2018

Éditorial

Pour un parti du patrimoine

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 20 septembre 2018 - 371 mots

Patrimoine. Les Journées du patrimoine ont suscité cette année un fort engouement dans la population porté par une vague médiatique sans précédent, dont le succès revient en grande partie à Stéphane Bern.

En donnant un visage à des monuments en péril, et surtout un visage connu qui a su jouer de sa notoriété et d’une liberté de parole, Emmanuel Macron a visé juste. Muni de l’onction présidentielle et vraisemblablement d’un accord préalable pour un « loto du patrimoine » réclamé depuis longtemps par des élus, l’animateur de télévision a su jouer des codes des médias pour feuilletonner son opération.

Tout cela est fort bien, mais peut-on faire dépendre sur le long terme la cause patrimoniale d’un animateur de télévision proche du président de la République ? La vie politique, qu’elle soit locale ou nationale, suppose des rapports de force. Or aujourd’hui les associations patrimoniales, certes très nombreuses, sont trop dispersées pour constituer un groupe de pression comme savent le faire les chasseurs. Les milliers d’associations qui se créent pour défendre ici une église, là une vieille demeure parviennent à plaider leur cause au niveau local. Mais au niveau national, il n’existe pas de force assez puissante capable de s’appuyer sur 200 000 adhérents pour se faire entendre. La Fondation du patrimoine ne revendique que 8 000 adhérents. Les grandes associations qui ont su former en 2005 le « G8 du patrimoine », avancent encore trop souvent avec leur propre agenda et des troupes clairsemées. La Demeure historique revendique quelque 3 000 propriétaires, Maisons paysannes de France 8 000 adhérents, Vieilles maisons françaises 18 000 membres. Leurs responsables savent parler aux élus ou aux conseillers ministériels, mais lors des arbitrages leur poids est limité à leur assise électorale.

L’une de ces associations devrait s’emparer de cette mission en attirant ses adhérents par des avantages telles des entrées gratuites dans des monuments, comme les 40 000 Amis du Louvre avec leur musée favori. 200 000 adhérents avec un droit d’entrée de 100 euros, c’est 20 millions d’euros, soit précisément le rendement espéré des nouveaux produits de la Française des jeux. Mais à la différence des joueurs surtout appâtés par les gains, ces adhérents, dont les cotisations financeraient des restaurations, seraient les militants d’un véritable « parti du patrimoine ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°507 du 21 septembre 2018, avec le titre suivant : Pour un parti du patrimoine

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