Samedi 16 novembre 2019

Loto Loterie

L'ŒIL

Le 1 octobre 2018 - 838 mots

Loto -  La rentrée restera marquée par deux actualités tragiques : l’effondrement du pont Morandi à Gênes et l’incendie du Musée national de Rio. Quand le premier a fait plus de quarante morts, le second a réduit en cendres plusieurs milliers d’années de l’histoire de l’humanité. Les deux accidents n’ont rien à voir entre eux. Rien, sauf que le pire aurait pu être évité. C’est en effet le manque d’entretien, de fonds et l’absence de volonté politique envers le patrimoine qui sont à l’origine de ces tragédies. Certes, le monde a connu et connaîtra encore d’autres catastrophes de ce type, mais certains pays, comme l’Italie et le Brésil, semblent malheureusement plus exposés que d’autres. Et la France ? La situation dans l’Hexagone n’est pas comparable. Le patrimoine n’y tombe pas en ruine, comme on le lit trop souvent sur les réseaux sociaux. Ce serait, sinon, oublier les milliers de passionnés, d’agents, d’élus ou de particuliers, réunis au sein d’associations, des services de l’État ou des communes, qui œuvrent chaque jour pour faire vivre notre patrimoine. En septembre, pourtant, Stéphane Bern tirait le signal d’alarme : « Quand, dans le même temps, on donne [466 millions] pour restaurer le Grand Palais à Paris, que fait-on pour le patrimoine vernaculaire, les petites églises des campagnes, tout le patrimoine industriel et ouvrier, qui font vivre nos villages ? », s’indignait l’animateur, menaçant de quitter la Mission patrimoine si son nom était récupéré par l’Élysée. Le problème du patrimoine est qu’il s’agit d’une notion vaste, dont le champ s’élargit sans cesse depuis Mérimée et Malraux. Quant à son entretien et sa restauration, le patrimoine étant par définition « ancien », ils sont inéluctables. Peut-on seulement imaginer sauvegarder tout notre patrimoine ? Malheureusement non. Notre patrimoine est-il pour autant en péril ? N’exagérons rien. Doit-on, en revanche, améliorer sa préservation ? Oui, sans aucun doute. Car, si nos ouvrages d’art ne sont pas dans le même état de délabrement que le viaduc de Morandi, et si nos musées ne sont pas dans la même situation d’abandon que leurs cousins brésiliens, force est de constater que le patrimoine souffre de plus en plus, faute, aussi, d’ambition politique. En cela, il faut saluer la « Mission Bern » et son Loto du patrimoine. Celui-ci permet de lever des fonds importants – le tirage de septembre et la vente des tickets à gratter devraient dépasser l’objectif des 20 millions d’euros récoltés. Mais il sert aussi de formidable porte-voix à la cause : « On n’a jamais autant parlé du patrimoine et de ses malheurs, pourtant récurrents, mais d’ordinaire déplorés par les seuls spécialistes », remarque Alexandre Gady dans Le Monde. Cependant, le Loto n’est pas sans risques : celui de voir les pouvoirs publics et les citoyens se désengager ailleurs. Bercy ne sera-t-il jamais tenté d’amputer le budget patrimoine de l’État de l’équivalent de ses recettes ? Les gens ne risquent-ils pas, comme on l’a vu pour d’autres causes, d’arrêter de donner sous prétexte qu’ils participent déjà au Loto ? Si la loterie permet de dégager une vingtaine de millions d’euros, elle ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan des besoins du patrimoine, ne l’oublions pas. La cause du patrimoine a décidément encore de beaux jours devant elle.

Loterie -  Bientôt la Fiac et, avec elle, la sempiternelle question : « Alors, comment avez-vous trouvé la Fiac cette année ? » Les réponses sont diverses : « La Fiac est nettement plus sage que les précédentes éditions » ou, au contraire, « la foire est plus audacieuse que l’an passé ». Certains jugent que « le niveau progresse », d’autres trouvent qu’il « régresse ». À partir de quels critères ? C’est tout le problème. Car la Fiac n’est pas une exposition, avec un sujet et un propos, mais une foire ; elle ne saurait être dans ce cas réussie ou ratée. Ainsi, l’exposition « Picasso, Bleu et rose » à Orsay est une réussite, en raison de sa réunion d’œuvres exceptionnelles, qu’on ne reverra pas de sitôt à Paris. « Picasso, Chefs-d’œuvre ! », au Musée Picasso, est en revanche ratée, les chefs-d’œuvre promis dans le titre ne s’y trouvant pas. Mais la Fiac ? La Fiac est un événement commercial qui rassemble des galeristes et des collectionneurs afin d’y négocier des œuvres. Pour une galerie, une « mauvaise » Fiac serait une Fiac où elle n’aurait pas dégagé de bénéfices. Pour un collectionneur, à l’inverse, une « bonne » Fiac devrait être une Fiac où il a acquis une œuvre. Or, c’est parfois la loterie dans la mesure où, contrairement à ce que l’on dit, la Fiac n’est pas représentative de la diversité de l’art. De nombreuses tendances lui échappent, à l’instar des œuvres sonores, immersives ou éphémères, incompatibles avec le cahier des charges de l’événement, mais aussi des œuvres numériques ou marginales qui ne correspondent pas au « goût » Fiac. Pas plus qu’elle ne saurait être « bonne » ou « mauvaise », la Fiac ne saurait donc être représentative de la création actuelle. Et c’est tant mieux, puisqu’elle laisse ainsi la place à des initiatives alternatives, comme celles d’Art Élysées, d’Outsider Art Fair, de Paris International, de Galeristes… qui, toutes, contribuent à l’attractivité retrouvée de Paris.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°716 du 1 octobre 2018, avec le titre suivant : Loto Loterie

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